E&R [Art et Culture] "Rachel" : autopsie d'une disparition à Gaza - l'autre Tiananmen

Publié le par E&R-Ile de France


Une image du film documentaire français de Simone Bitton, "Rachel". 
Une image du film documentaire français de Simone Bitton, "Rachel".


Dans la bande de Gaza, le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une Américaine de 23 ans, trouve la mort en s'interposant devant un bulldozer israélien affecté au déblaiement de la zone frontalière avec l'Egypte. La jeune femme faisait partie d'une organisation non violente, l'International Solidarity Movement (ISM), et était venue, comme d'autres jeunes gens de tous pays, pour s'opposer aux destructions menées par l'armée israélienne dans le cadre officiel de la lutte antiterroriste. Plus précisément, l'armée opérait dans la zone de Raffah pour y créer un no man's land destiné à faciliter la construction d'un mur de séparation.


Rachel.jpgLa réalisatrice Simone Bitton, qui tourne des films dans la région et sur ce conflit depuis une quinzaine d'années, s'empare de ce drame pour tenter de lever le voile sur les circonstances qui l'ont permis, voire en comprendre les raisons. Elle a retrouvé les principaux témoins de l'accident, s'est procuré les rapports de l'armée israélienne, le journal intime de la défunte, s'est entretenue avec un nombre considérable de gens, a retrouvé un reportage d'une télévision privée qui a recueilli anonymement le point de vue des deux conducteurs du bulldozer, a même mis la main sur une vidéo de surveillance de Tsahal, expurgée du moment fatal.

Le film est construit comme une enquête indépendante, qui entend aller plus loin que le classement de l'affaire par la commission d'enquête officielle israélienne, qui a conclu à un accident. Ce point de vue, repris dans le film par la porte-parole de Tsahal, qui se fonde sur le témoignage des conducteurs de l'engin et le rapport d'autopsie, fait état de la vision très réduite à bord du bulldozer, et de l'absence de contusions graves sur le corps de la victime, qui, selon le rapport d'autopsie, aurait péri par asphyxie.


Juxtaposition

Les compagnons de la jeune femme, comme les témoins palestiniens alentour, réfutent quant à eux cette thèse et prétendent avoir vu le bulldozer venir de loin et bel et bien renverser Rachel Corrie. Ils en concluent, d'une part, que les conducteurs de l'engin avaient eu tout loisir de voir la jeune femme, d'autre part et conséquemment qu'il y a donc eu volonté de tuer. Ménageant ainsi la raison des uns et des autres, le film ne se prononce pas explicitement en faveur d'une version ou de l'autre, mais induit par leur juxtaposition l'hypothèse du mensonge israélien.

Ce faisant, il privilégie un débat dont la pertinence est toute théorique, tant il est clair que ce bulldozer est la cause directe de la mort de la jeune femme, et tant il semble que la mort de civils, du moins palestiniens, n'est pas toujours un facteur discriminant dans les actions menées par Tsahal. Cette approche affaiblit en outre la puissance documentaire du film, en instrumentalisant ses personnages au profit du débat qu'il entend illustrer.


www.lemonde.fr

20.10.09

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