Tahir de la Nive : Vie et oeuvre de Clausewitz.

Publié le par E&R-Ile de France

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Samedi 19 décembre 2009 Tahir de la Nive présentait pour E&R une conférence au théâtre de la Main d'Or à Paris.
Le thème : la vie et l'oeuvre de Carl von Clausewitz, officier et théoricien militaire prussien du 19ème siècle.

Vous trouverez le texte intégral de la conférence, ci-dessous.



  

C’est, sauf erreur, le colonel parachutiste Roger Trinquier qui avait reconnu en Clausewitz un des auteurs les plus souvent cités bien que les moins lus. Le vulgaire n’a retenu de lui que la sentence : ‘La Guerre est la continuation de la Politique par d’autres moyens’, mais nous verrons que la doctrine clausewitzienne dépasse de beaucoup cette simple affirmation que les uns et les autres ont interprétée selon leurs caprices idéologiques.



La conférence d’aujourd’hui touchera donc plusieurs aspects. Nous commencerons donc par replacer Clausewitz et son œuvre dans son contexte historique et ce faisant nous étudierons brièvement les origines et l’impact du phénomène historique qui a permis à sa doctrine de prendre forme et de s’imposer, la Révolution Française. Nous étudierons ensuite les points forts de la doctrine clausewitzienne, en matière de conduite de la guerre à travers ses principes et éléments. Nous aurons un bref aperçu du sort réservé à l’école clausewitzienne en Prusse et en France après 1815, puis de l’impact de Clausewitz en géopolitique. Nous tirerons ensuite de l’œuvre de Clausewitz des enseignements pratiques, généraux et particuliers, applicables à notre temps, des leçons à tirer pour la nouvelle Révolution Française, pour tous ceux qui dans le monde s’inspirent de ses idéaux, notamment de la synthèse du Socialisme et du Nationalisme réalisée par le régime de Robespierre, inspirateur de Napoléon et de Simon Bolivar (entre autres).

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A en croire Alexis de Tocqueville, la Révolution Française, prise comme phénomène historique, n’a fait qu’entériner l’aboutissement de l’évolution d’un processus de pourrissement et de décadence dont il serait hors sujet de rechercher ici les causes profondes. Nous nous bornerons ce soir à révéler sur les causes immédiates de la chute de la monarchie française quelques points généralement inconnus ou même cachés aux Français qui n’ont de cette époque qu’une vision extrêmement simpliste et réductrice, à savoir, grosso modo, que le peuple était miséreux, tyrannisé par le Roi, et que la prise de la Bastille signifie la révolte populaire contre cet état de choses. C’est là une version mensongère.

La vérité, c’est qu’à la veille de la Révolution, la France était la première puissance d’Europe, puissance navale entre autre, un pays doté d’une formidable armée – formidable mais sclérosée comme nous le verrons, avec la consolation que les autres armées européennes ne se portaient guère mieux. Cette prospérité et cette puissance de la France lui font des jaloux et c’est ainsi que s’expliquent les troubles de l’été 1789. La grande peur qui sévit dans les provinces se déverse dans Paris sous la forme de bandes de brigands et de casseurs contre lesquels les Parisiens veulent s’armer et se défendre. C’est pourquoi le 14 juillet au matin ils envahissent les Invalides puis prennent la Bastille l’après-midi.

Le lendemain 15 juillet est créée la Garde Nationale avec Lafayette pour chef  (comparer avec émeutes de 2005 Sarko : dans les deux cas des émeutes d’origine incertaines et qui amènent au Pouvoir un valet des USA). Certes, dans les journées qui ont précédé le 14 juillet, Paris était aussi en ébullition politique, ainsi que le montrent les événements du 12, avec Desmoulins appelant à l’insurrection dans les jardins du Palais Royal. Mais il n’est pas à ce stade question d’abattre la Monarchie. Bien au contraire, la marche sur Versailles des Parisiennes, forçant Louis XVI et les siens à venir s’installer au cœur de Paris peut-être interprétée comme une démonstration de royalisme.

Ceci ne doit pas faire illusion ni nous cacher la crise qui couve sous le feu. Cette crise a été provoquée par la décision de Louis XIV de transporter à Versailles le siège de la Monarchie. Je renvoie à nouveau à l’ouvrage de Tocqueville, afin de ne pas m’éterniser ici sur le sujet. Je résumerai en disant qu’en 1789 la France est un pays à structures féodales avec ceci de particulier que la caste intermédiaire, la Noblesse, celle qui avait la fonction essentielle de lien entre la Couronne et le Peuple, correspondant à la caste des Kchatryas dans le système hindou, administrative et militaire, a été confisquée, rassemblée à Versailles et transformée en une caste de courtisans. La France est donc désormais administrée par une caste de vils racketteurs cependant que la fonction militaire est complètement sclérosée.

A la veille de la Révolution de nouveaux décrets royaux, comme pour provoquer celle-ci, réservent l’accès aux rangs supérieurs de la hiérarchie militaire à la noblesse de cour ; un anachronisme, une injustice contre lesquels s’insurgent des officiers supérieurs comme le Chevalier d’Arcq et Guibert. Parallèlement à cette frustration d’ordre social croit dans l’Armée un malaise du à la conduite de la Guerre.

Nous sommes en plein dans ce que Clausewitz va appeler la ‘guerre limitée’, c'est-à-dire la guerre menée par des princes pour leurs intérêts propres, qui sont étrangers à ceux du Peuple – le concept de Nation est alors hautement subversif – par des armées mercenaires qui n’ont de loyauté que vis-à-vis du prince que les paient. Soldats et officiers passent d’un pays à l’autre sans que cela ne soit jugé immoral par personne. La conduite des opérations a été perturbée par l’apparition des armes à feu sur le champ de bataille avec pour résultat l’ordre dit linéaire ou parallèle. Il répond à deux nécessités liées à deux armes : le fusil et le canon. Afin que toute l’Infanterie puisse faire un usage rationnel du premier, on la déploie sur des files de trois rangs. Afin d’offrir un volume de destruction moindre au tir de l’artillerie ennemie, on lui oppose un ordre mince. Ainsi l’ordre parallèle ou linéaire est-il aussi dit ‘ordre mince’.

Ainsi, selon Clausewitz, la bataille prend-elle la forme d’un duel entre deux lignes qui se font face. On en vient très rarement au combat rapproché, à l’arme blanche. Le tir des armes à feu est peu précis et peu meurtrier et les pertes des armées sont dues plus aux désertions qu’à l’action de l’ennemi. Et c’est là un autre facteur de l’ordre mince ou linéaire, que l’on va aussi dire ‘ordre serré’. Le rôle des sergents, mot qui vient de l’italien serra-gente, étant, littéralement de serrer les rangs afin d’éviter que des hommes les quittent ou fassent le mort. Il s’agit en effet là de mercenaires auxquels la victoire de celui qui les paye importe moins que leur propre peau. On distingue donc dans ce dispositif militaire deux facteurs convergents : un facteur d’ordre tactique (faire le meilleur usage des armes tout en offrant un volume limité de destruction au feu ennemi) et un facteur purement social. La guerre est dite ‘limitée’ tant par les buts proposés que par les moyens mis en œuvre, qu’il s’agisse de l’armement comme des moyens financiers dont disposent les princes pour fournir cet armement à l’armée et, en termes généraux, pour financer l’effort de guerre.

La guerre prend donc un caractère artificiel de duel entre deux lignes parallèles se faisant face et échangeant leur balles de fusil et boulets de canon. La meilleure illustration est sans doute donnée par la bataille de Fontenoy. La cavalerie, qui est l’Arme du mouvement et de la rapidité, ne joue qu’un rôle secondaire. En effet, ce qui caractérise ce type de guerre, c’est bien l’immobilisme. Il est extrêmement difficile de mouvoir ces lignes, tout mouvement pouvant entraîner une crise dans le dispositif. C’est une guerre de tactique : la guerre se réduit à la bataille, qui comme l’écrit Clausewitz, comme un duel, se donne par consentement mutuel. Le déplacement des troupes vers le champ de bataille, comme celui du trajet qu’effectuent les duellistes vers leur rencontre, ne fait pas partie de l’action mais ne sert qu’à s’y rendre. C’est dire que la stratégie, qui est essentiellement faite de mobilité, n’existe pas. Le mot n’est d’ailleurs pas prononcé et quand la stratégie réapparaîtra au cours des guerres napoléoniennes, Napoléon lui-même l’appellera ‘grande tactique’.

On assiste donc en France, au sein de l’Armée, à un double mécontentement, l’un causé par l’impossibilité de se libérer de l’immobilisme tactique ; l’autre par l’injustice sociale qui, à travers l’Armée, frappe toute la société française. Tous sont prolifiques en matière d’écrits, mais ni leur prose ni les manœuvres organisées par le maréchal de Broglie ne peuvent venir à bout de cette double crise.

C’est alors qu’éclate la Révolution Française. Elle est marquée par un épisode dont parlent très peu les ouvrages d’Histoire : la mutinerie de Nancy, au cours de l’été 1790, donc quelques semaines à peine après la Fête de la Fédération. L’initiative en revient au régiment suisse de Châteauvieux, ‘coupable’ d’avoir laissé les émeutiers s’emparer des Invalides au matin du 14 juillet 1789, l’officier le commandant proclamant : ‘Le régiment de Châteauvieux est payé pour servir la France, non pour tirer sur son peuple !’. Donc un an plus tard ce régiment est en quelque sorte puni après avoir été poussé à la mutinerie par les provocations du général Bouillé, parent de Lafayette et comme lui agent de Washington. Parmi les soldats exécutés, l’un meurt au cri de Vive la Nation. Ainsi les premiers martyrs de la nouvelle armée française, nationaliste et socialiste, sont-ils, ironiquement, des mercenaires suisses.

En avril 1792, Louis XVI déclare la guerre à l’Autriche. Il espère que la France sera vaincue et que les coalisés, entrant dans Paris, le rétabliront dans ses pleins pouvoirs ; décision qui aboutit au renversement de la Monarchie le 10 août 1792. En mars 1793, le gouvernement décrète la levée en masse de 300.000 homes pour défendre les frontières menacées et pour mâter les soulèvements royalistes en province. Alors une nouvelle armée française jaillit des pavés de Paris, des villages et des campagnes. Je ne m’étendrai pas ici sur son organisation, les fameuses demi-brigades créées par Carnot. J’insisterai seulement sur l’idéologie robespierriste qui l’anime.

Si Maximilien Robespierre est à Paris pour diriger la Révolution depuis la maison de la famille Duplay qui l’a accueilli, son frère Augustin est aux Armées et c’est lui qui sur les remparts de Toulon libéré nomme général le capitaine Napoléon Bonaparte. Saint Just, fils de militaire, adore se joindre aux charges de cavalerie et à un émissaire ennemi qui vient demander une trêve, il répond que la République ne répond aux tyrans qu’avec du plomb. A Paris, est fondée l’Ecole de Mars où 3.000 fils d’ouvriers et de paysans apprennent le métier d’officier : c’est l’institution robespierriste par excellence. Tous les matins, les cadets commencent la journée par l’Hymne à l’Etre Suprême. L’école est commandée par Bertèche, un jeune héros qui a Jemmapes en sauvant la vie de son général reçut une quarantaine de coups d’épée. Les modèles proposés aux cadets sont Barra et Viala, ces deux soldats encore enfants morts en héros. Les drapeaux portent la devise ‘La Liberté ou la Mort’, ou bien ‘Vaincre ou Mourir’. On est donc loin de l’état d’esprit des armées mercenaires, de soldats ne pensant qu’à fuir une fois la solde payée, commandés par des officiers sortis d’une caste privilégiée…

A côté de ce facteur moral, est le facteur matériel. Ces armées sont extrêmement pauvres et c’est leur grande chance. On n’a pas eu le temps de les instruire, beaucoup de soldats n’ont pas de fusil ou ne savent pas s’en servir, et se battent avec la pique qui a triomphé aux Tuileries ; ils sont incapables de se plier aux manœuvres compliquées de l’ordre mince. Ils ont faim, et comme les fameux soldats de Sambre et Meuse, ils dorment sur la dure avec leur sac pour oreiller. Au désir de vaincre idéologique s’ajoute celui, matériel mais non négligeable, de dormir au chaud et de manger !  Ainsi se concrétisent sur le terrain les tactiques offensives que ni Guibert, ni de Broglie, ni Folard n’avaient pu réussir sur le champ de manœuvre, parce que les types d’armée, de soldats, de société ne s’y prêtaient pas.

Il est vrai que la pauvreté de ces armées était en partie compensée par l’héritage royal de l’artillerie créée par Gribeauval. Jusqu’à lors, l’artillerie était méprisée, ses hommes considérés comme des techniciens civils au service de l’armée. Nous avons vu que son apparition sur le champ de bataille avait été le facteur essentiel de l’ordre linéaire et de façon générale du gel de la tactique. Nous pouvons d’ailleurs énoncer ici une règle qui veut que toute apparition sur le champ de bataille d’une arme au volume de destruction sans précédent entraîne l’immobilisme tactique, la nécessité pour l’ennemi d’adopter un dispositif dispersé afin d’offrir une moindre concentration à la dite menace.

Pour les armées révolutionnaires françaises au contraire, l’Artillerie va devenir un facteur essentiel de rupture de cet immobilisme, dans la mesure où son feu va préparer l’assaut des colonnes de choc, bayonnettes et piques à l’horizontale. Napoléon généralisera cette combinaison du feu et du choc, le premier préparant le second, en créant une cavalerie lourde destinée à se jeter sur l’impact des boulets. Mais dès 1792, notamment à la bataille de Jemmapes, on observe le succès de cette tactique née spontanément des facteurs que j’ai énoncés. Ainsi la ligne ennemie vole-t-elle en éclats sous l’effet du feu d’artillerie puis des colonnes d’assaut qui le suivent.

La première armée ennemie à subir ce choc tant tactique que moral est l’armée prussienne. Valmy a vengé Verdun. Nous sommes alors en septembre 1792 et à peine trois semaines se sont écoulées depuis la chute de la Monarchie. Le 1er septembre Verdun est tombé aux mains des Prussiens dont le roi est entré dans la ville. Le lendemain, en réaction, des tribunaux d’exception sont installés dans les prisons parisiennes, rendant des jugements expéditifs suivis de l’exécution immédiate des suspects de trahison.

La propagande réactionnaire a gonflé l’événement. Il n’en est pas moins vrai que, comme par miracle, dans ce même mois de septembre 1792, Valmy est la première victoire des armées révolutionnaires françaises. On connaît la phrase de Goethe qui est présent dans l’armée prussienne : Ici et à ce jour commence une nouvelle ère de l’Histoire du Monde et vous pourrez dire que vous y étiez présents ! En fait, la maladie a fait plus de ravages que les armes françaises dans l’armée prussienne. Mais Jemmapes le 6 novembre 1792 est une victoire éclatante, obtenue à la bayonnette et au canon, par les Français. Les armées prussienne, autrichienne, bientôt rejointes par les espagnoles, ces armées magnifiques, bien armées, bien entraînées, bien nourries, commandées par des professionnels, sont vaincues, taillées en pièces par des armées de va nus pieds.

 

Au siège de Mayence (Mainz en allemand) il y a deux hommes au destin emblématiques. Dans le camp français, Kleber, dans le camp prussien Clausewitz. Tous deux sont d’origine germanique, le premier alsacien, le second silésien. Le premier est issu de la plèbe, fils d’un brasseur. Protégé par le chancelier autrichien von Kaunitz, il étudie à l’académie militaire de Vienne ; en vain car ses origines ne lui permettent pas un grade supérieur à capitaine. Grâce à la Révolution, il est général dans l’armée française. Il finira ses jours au Caire, gouverneur de l’Egypte et assassiné le jour même où son ami Desaix tombe à Marengo, le 14 juin 1800. Carl von Clausewitz n’a que 13 ans lorsqu’il est Elève-officier (Offizieranwärter) au siège de Mayence. Il est issu de la petite noblesse silésienne. La carrière militaire de son père n’a pas été très brillante, non par manque de mérite, mais par manque de quartiers de noblesse.

Comme l’armée française, l’armée prussienne est féodale et l’avancement des officiers dépend de leur origine. Pourtant, sous le règne de Frédéric II, la Prusse et son armée sont socialement largement en avance sur le reste de l’Europe.  L’Armée notamment est un outil de progrès social. Certes, comme le notera Clausewitz, elle recrute ses effectifs mercenaires en majorité à l’étranger, l’effet positif étant que la paysannerie prussienne continue de cultiver ses champs alors que le pays est défendu par des étrangers (les régiments de Uhlans sont à l’origine des cavaliers venus d’Asie centrale pour lesquels est construite la première mosquée allemande, à Potsdam).

Il n’en est pas moins vrai que le commandement militaire, sous l’impulsion du roi que l’on appelle le roi-sergent pour toute l’attention qu’il porte à ses soldats, notamment ceux de sa garde de grenadiers-géants qu’il connaît chacun par son nom, l’armée organise des coopératives pour les femmes des soldats, afin qu’elles vendent leurs produits sur le marché. Un grand nombre de bibliothèques, sédentaires et ambulantes, diffusent la littérature dans tout le pays, notamment dans les casernes. La discipline est cependant extrêmement dure, même brutale pour les déserteurs très nombreux et pour les fauteurs de trouble. Cette armée combat pourtant héroïquement tout au long des campagnes que la Prusse doit mener contre les coalitions de ses voisins.

A Rossbach notamment elle a battu les Français en appliquant la tactique qui fera le succès des armées de la République Française ; à savoir en jetant sa cavalerie lourde, ses régiments de cuirassiers sur l’impact de l’artillerie. Le dialogue entre Frédéric II et son célèbre général Seydlitz est significatif : - Que comptez-vous faire, Seydlitz ?  - Sire, diriger mes escadrons sur le point de rupture creusé par vos canons !’

Cette armée exemplaire – elle doit, disons-le en toute justice – sa qualité en partie aux enseignements de l’Espagnol Santa Cruz de Marcenado – va cependant être anéantie à Jena et à Auerstädt en 1806, quelques mois après que les armées russes et autrichiennes aient subi le même sort à Austerlitz. A Auerstädt, le jeune Carl von Clausewitz est fait prisonnier et il passera deux ans en captivité. Pendant ces deux ans, un nouveau type de guerre s’est développé en Europe contre la France : la guerrilla. Elle s’est d’ailleurs développée dans deux pays catholiques, l’Autriche et l’Espagne, par les bandes commandées ici par Andreas Hofer, là par Palafox, encouragées par des agents du Vatican. En fait, ce n’est que l’extension hors du territoire français de la Chouannerie.



A Tauroggen il a une entrevue avec le général von Yorck et il le convainc de passer avec ses troupes dans le camp russe. En 1814, il réintègre l’armée prussienne A son retour de captivité, Clausewitz retrouve le général Scharnhorst, son ancien professeur à l’Académie Militaire de Berlin en 1801. Avec d’autres officiers tels Boyen et Gneisenau, ils créent un mouvement dont le philosophe Fichte, auteur du Discours à la Nation allemande, est en quelque sorte l’idéologue. L’occasion pour eux se présente avec le désastre subi en Russie par la Grande Armée napoléonienne. La Prusse est officiellement alliée de la France et un corps d’armée prussien commandé par le général von Yorck est intégré à la Grande Armée.

 

Clausewitz, officiellement désavoué par son roi, porte l’uniforme vert de l’armée russe avec le grade de colonel. La défaite de Napoléon en Russie lui donne cependant raison. Les officiers réformistes se voient donc confier la réorganisation de l’Armée Prussienne qui à Leipzig vengera Jena, il est vrai dans le cadre d’une nouvelle coalition de pratiquement toute l’Europe, et qui fera que les Français, rescapés des neiges russes, se battront ici à un contre deux (190.000 contre 330. 000). Le système de guerre prussien s’inspire pleinement à la fois du système français et des soulèvements populaires espagnol et autrichien. Du premier par la création de la Landwehr, créée par l’édit royal du 17 mars 1813 et qui appelle tous les hommes de dix-huit et quarante-cinq ans, capables de porter les armes, et non en poste dans l'armée régulière. Son organisation rappelle celle des Demi-brigades de Carnot.  LeLandsturm, créé le 21 avril 1813, a pour vocation de rassembler des forces militaires non régulières, bref des unités de guerrilla susceptibles de provoquer des soulèvements populaires dans les zones d’occupation française. Trois mois plus tard, le 17 juillet 1813, la nature du Landsturm était toutefois modifiée, purgée d’un contenu pouvant se révéler subversif pour le pouvoir royal prussien.

 

Après Waterloo, Clausewitz est nommé à la direction de l’Académie Militaire de Berlin mais cette responsabilité lui est retirée car lui et ses camarades sont tombés en disgrâce. En 1830 il est envoyé réprimer la révolte polonaise. Il meurt un an plus tard du choléra.

 

Il laisse à la postérité un monument littéraire ‘Vom Kriege’ ainsi qu’une série d’ouvrages historiques sur les campagnes napoléoniennes.

 

Le grand specialiste británnique de l’Armée Allemánde, Martín Kitchen, put écrire qu’en combattant la France napoleónienne, les officiers reformistes prussiens discíples de Scharnhorst y de Clausewitz ' avaient scié la branche qui les portait '. Nous ne pouvons que souscrire a cette anályse, tant il est evident que leur sort dépendait de la Revolución emancipatrice des Peuples et des Nations née en France sous Robespierre, vehículée aux dimensions de l’Eurafrique y de l’Eurasie par les armées napoléoniennes et jusqu’en Amérique Latina, si on considère qu’elle inspira Simón Bolivar. Nous reviendrons aux perspectives históriques et geopolítiques et même métapolitiques que leur engagement aux côtés de la France revolutionnaire aurait pu apporter.  Nous nous contenterons ici de faire écho a Martín Kitchen, rappelant que la défaite de la France, épuisée par 23 ans de guerres incessantes, de la ‘Grande Armée’ invaincue par les hommes mais seulement par les neiges russes, fut suivie en Europe par le retour généralisé de la Réaction.

 

L’armée prussienne de modèle clausewitzien qui a permis à la monarchie prussienne de survivre presque malgré elle, lui fait désormais peur. Aussi, l’influence des officiers réformistes est-elle réduite ou même anéantie par le pouvoir royal. Clausewitz se voit retirer la direction de l’Académie Militaire et en 1830 il est, avons-nous dit, envoyé réprimer le soulèvement polonais.  Sa mort en 1831 lui évite de voir la déchéance de la Prusse à travers celle de son armée. Celle-ci est utilisée à la répression des révolutions libérales de 1830 et 1848. Pendant tout ce temps, faute de disposer d’un bras armé, la politique prussienne adopte un profil bas jusqu’à ce que viennent deux hommes qui reprendront l’œuvre clausewitzienne : Bismarck et von Moltke. Avant cette revanche du sort, la Prusse doit subir en novembre 1850 l’humiliation d’Olmütz par l’Autriche et la Bavière, conduisant à une neutralité qui relève de la démission lors de la guerre de Crimée quatre ans plus tard.

 

Vom Kriege est publié après la mort de Carl von Clausewitz par sa veuve. Au moment de cette publication, les Français viennent de débarquer en Algérie où ils seront confrontés à un très grand stratège, l’Emir Abdelkader qui, étrangement, oppose à l’envahisseur une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle des Russes en 1812, une défensive en profondeur en vue de lui faire subir dans les sables du Sahara le sort qui fut celui de la Grande Armée dans le désert des neiges. En France paraît le livre d’Alfred de Vigny ‘Servitude et grandeur militaire’ qui, avec une amertume profonde, exprime le malaise d’une grande armée vaincue et renvoyée au mercenariat d’avant la Révolution. Les officiers réformistes prussiens rejoignent donc dans la disgrâce leurs camarades et modèles français.

 

A la différence de ‘Servitude et grandeur militaire’, à tort considéré comme un exercice de romantisme, ‘Vom Kriege’ obtient rapidement une reconnaissance mondiale et il n’est pas d’institution militaire où il ne soit étudié.

 

Incontestablement, l’ouvrage s’inscrit dans la tendance encyclopédiste du ‘siècle des Lumières’ et celui qui est considéré à tort ou à raison comme le ‘philosophe de la Guerre’ a l’immense mérite d’une approche rationnelle et scientifique, en un mot cartésienne de la Guerre. Elle s’inscrit dans le courant de littérature militaire européenne qui abonde depuis Xénophon et César pour fleurir à la veille de la Révolution pour les raisons que nous avons vues. En fait, en matière purement militaire, de tactique notamment, elle n’apporte pas grand-chose aux enseignements de Guibert et de Marcenado et ce n’est d’ailleurs pas là qu’il faut chercher son originalité, mais bien plutôt dans les rapports entre l’action guerrière et l’action politique et diplomatique. Nous basons notre critique sur le fait que dans son étude des ‘couples’ combinant les trois Armes, Clausewitz ne mentionne pas le couple ‘Artillerie – Cavalerie’ alors qu’il est essentiel aux tactiques napoléoniennes après l’avoir été, avons-nous vu, de la tactique prussienne expérimentée à Rossbach, essentiel surtout au fameux ‘Blitzkrieg’ de 1940 en France et de 1941 en Russie, les Stukas, appareils de bombardement tactique, constituant en quelque sorte l’artillerie opérant du ciel ; l’infanterie portée, les Panzergrenadiere, occupant et nettoyant le terrain conquis ou constituant une troupe de choc lorsque la progression mécanisée est arrêtée par quelques irréductibles ; l’infanterie aéroportée parachutée sur les arrières de l’ennemi, sur ses lignes de communication et de logistique. Or, apparemment, Clausewitz n’a pas vu ce couple, cette combinaison il est vrai, de son temps, extrêmement futuriste.

 

 

L’approche clausewitzienne est cependant, avons-nous dit, rationnelle. Essentielle est la distinction entre la ‘guerre limitée’ des Princes et celle, absolue, des Peuples en armes. C’est celle que Fichte nomme la ‘guerre véritable’ (der wahrhafte Krieg) dans la mesure où du sort des Armes dépend l’existence des Etats (non pas encore des peuples, car de 1792 à 1815, il n’est pas encore question d’exterminer des peuples, mais seulement d’abattre des régimes politiques – la France républicaine et bonapartiste pour les Alliés – les monarchies décadentes, le pouvoir papal, pour les Français).

 

De la guerre, Clausewitz met en évidence certains principes, telle la supériorité de la Défensive, ‘forme forte de la Guerre’, allant jusqu’à généraliser les pertes qu’il dit triples dans le camp de l’assaillant. On peut en effet estimer bien supérieure la position d’une armée dont le commandement a choisi une ligne de défense sûre et avantageuse, pour y attendre de pied ferme l’ennemi auquel le mouvement ne permet pas de faire un plein usage de ses armes. On peut encore fortifier ce principe par celui de la défensive en profondeur, telle que Clausewitz l’a vue expérimenter par les Russes, manquant de peu de la voir expérimenter par l’Emir Abdelkader d’Algérie. Elle consiste à attirer l’ennemi toujours plus en avant, étirant ses lignes de communication, lui créant d’insurmontables problèmes de logistique, surtout si, comme les Russes on a appliqué une stratégie de la ‘terre brûlée’ ; ceci jusqu’au moment où l’armée ennemie est devenue un fantôme sans force. C’est alors à l’armée qui jusqu’ici a battu en retraite passe soudain à la contre-offensive ; ce qui nous entraîne à dire qu’une Défensive ne vaut que par la possibilité de contre-offensive qu’elle conserve, tant il est évident qu’une stratégie exclusivement défensive ne peut suffire à gagner une guerre… à moins que l’on l’imagine, en profondeur, s’étendant à l’infini et entraînant l’ennemi assaillant dans le gouffre du néant.  La Défensive convient donc à une armée numériquement inférieure mais supérieure en valeur morale, en discipline, en courage et en endurance. C’est la splendide leçon de Badr où trois centaines de Musulmans sans cavalerie, commandés par Mohammed en personne, battirent un millier de Mecquois dont une centaine de cavaliers. (Voir mon livre De Badr à Austerlitz). Or justement, les pertes des mecquois assaillants sont exactement triples à celles des Moujahidine. 

 

Clausewitz développe certes d’autres concepts accessoires, tels la ‘montée aux extrêmes’ et la friction qui veut, selon lui, qu’à la guerre ‘tout est simple mais que même le plus simple est difficile’, comparant la bataille à l’échange qui conclut toute transaction commerciale ; la guerre en soi étant définie comme ‘un acte de violence envers celui à qui on veut imposer sa volonté’. C’est là une définition que nous déposons devant tous ceux qui aujourd’hui se posent la question de savoir quel est vraiment l’ennemi de leur pays.

 

En matière de conduite de la guerre, Clausewitz porte sur son attention sur un type de guerre qui vient de se généraliser en Europe, à l’intérieur du territoire français, avons-nous dit, puis dans presque tous les pays occupés par la France, en Espagne notamment où elle gagnera son nom : la guerrilla. Clausewitz la désigne comme ‘der Kleinkrieg’, la ‘petite guerre’ : c’est celle d’un ennemi faible en nombre, en moyens divers, en organisation, en doctrine, mais supérieur en mobilité, en décision, en connaissance du terrain. C’est celle d’un essaim d’abeilles contre un ours sûr de lui, de sa force brutale en premier lieu, harcelé par leurs piqûres, ce que Clausewitz appelle les ‘coups d’épingle’, les ‘Nadelstiche’ décochés à un adversaire dont les coups de sabre massifs ne rencontrent que le vide. Elle consiste à opposer la dispersion à la force, à contraindre l’ennemi à s’épuiser en frappant dans le vide et en ce sens, c’est la forme absolue de la Défensive avec toutefois pour celui qui l’a adoptée une difficulté croissante dans le regroupement de ses propres forces en vue de la constitution de la concentration nécessaire à la contre-offensive. Dans les faits, cela se concrétise généralement par la transformation de bandes de guerrilleros en une armée de type conventionnel. Clausewitz a été témoin de ce phénomène en Espagne et en Autriche, dans une certaine mesure en Russie. C‘est notamment le type de guerre qui s’est développé au 20ème siècle dans les cadres des guerres post-coloniales ou de libération nationale, au Viet-Nam, en Algérie, en Afghanistan, en Amérique Latine… Dans ces différents cas, on a assisté à l’union du Peuple et de Forces Armées nées de sa prise de conscience politique, autrement dit, de l’union de la conduite de la Politique et de la Guerre, en plein accord avec la doctrine clausewitzienne ; alors que précisément chez les puissances coloniales ou impérialistes la cassure se produisait, toujours plus profonde, entre la direction politique et le commandement militaire, celui-ci de plus en plus désavoué par la propagande antimilitariste. Ce type de guerre a vu l’éclosion de nouvelles écoles de doctrine militaire, avec des hommes tels Giap, Che Guevara, le colonel Trinquier français, auteur de ‘La Guerre Moderne’ et son homologue Suisse von Dach ‘Der totale Widerstand - Kleinkriegsanleitung für Jedermann’. Il est intéressant que dans le sous-titre, le colonel suisse reprenne le terme clausewitzien de ‘Kleinkrieg’ pour désigner la Guerrilla dans son livre publié en 1957 ; qu’il s’agisse donc d’hommes qui ont commandé des unités de guerrilla ou d’autres qui les ont combattues, toutes toutefois se basant sur la doctrine clausewitzienne, avec toutefois des apports telle l’importance du facteur psychologique.

 

Le passage du 19ème au 20ème siècle a vu l’énoncé des règles et principes d’une nouvelle science et approche de l’Histoire : la géopolitique. On peut sans doute attribuer cette prise de conscience au développement des puissances navales et il n’est d’ailleurs pas surprenant que ces théoriciens aient souvent été des officiers de marine, en France notamment (Castex, Célerier, etc..) et on peut considérer comme fondateur de ce courant de pensée le gallois Lloyd qui vécut au 18ème siècle, qui définit brillamment la doctrine de Guerre britannique qui servit de modèle à l’Américain Mahan. En Allemagne, cette école fut essentiellement représentée par Karl Haushofer, ésotériste et apôtre, dès 1908, de l’alliance germano-japonaise, en contradiction apparente avec Clausewitz.

 

Il est intéressant de voir dans quelle mesure l’œuvre de Clausewitz a influencé la géopolitique allemande ; moins d’ailleurs son œuvre que son choix politique et stratégique d’alliance germano-russe. Il est certain que la russophilie de Clausewitz provient largement de l’accueil fait par l’Armée Russe dans laquelle Clausewitz était colonel. Mais on peut penser que Clausewitz acquit la conviction de l’invincibilité russe, tout au moins dans le cadre d’une Défensive en profondeur sur son propre territoire, lors de la campagne de 1812 au cours de laquelle les Français refirent l’expérience de Charles XII de Suède au début du siècle. Ainsi se développa dans l’esprit de Clausewitz une doctrine géopolitique basée sur l’alliance, sur tout au moins un pacte de non-agression avec la Russie permettant de neutraliser la Pologne tout en gardant les mains libres à l’Ouest. Cette politique se poursuivra tout au long du 19ème siècle pour triompher avec Bismarck et conduira l’Allemagne à soutenir la Russie contre le Japon, soutenu par l’Angleterre, en 1905. Elle va toutefois évoluer à la veille de 1914, suite à la menace slave sur les Balkans progressivement évacués par l’Empire Ottoman. L’Allemagne wilhelmienne, sur l’influence d’ailleurs de Karl Huashofer, entame une politique orientale qui va conduire à l’alliance turque, aux expéditions de Niedermayer et von Hentig vers l’Afghanistan, au voyage du Kaiser à Tanger. Cette politique lui vaudra l’hostilité britannique, française, même italienne... et russe évidemment. 

 

Au passage des 19ème au 20ème siècle on assiste donc a une compétition entre l’Allemagne et la France en vue de l’Alliance avec la Turquie et avec la Russie. Il est bon de signaler ici le caractère fondamental de la géopolitique dans la vie des Nations, dans la mesure où cette science s’appuie sur des paramètres casi-immuables basés sur les réalités géographiques. Aussi, la trahison de sa doctrine géopolitique d’un pays a-t-elle souvent des conséquences très néfastes. C’est la trahison de son alliance avec le Japon qui a conduit la Grande-Bretagne à dégringoler de l’estrade des grandes puissances. De même pour la France de son alliance turque, inaugurée par François 1er, suivie par des rois soucieux de la grandeur du Royaume de France, reprise par la République de l’An II et par l’Empire bonapartiste. En 1914, l’Allemagne est alliée de la Turquie, contre la Russie alliée des démocraties occidentales et du Japon.

 

Entre-temps, il est vrai, une nouvelle puissance vient de s’imposer au niveau international, les Etats Unis d’Amérique qui viennent de chasser l’Espagne, en 1898, de ses possessions de Cuba, de Puerto-Rico et des Philippines. Nous avons évoqué Mahan, dont la géostratégie reprend celle de Lloyd. Stratégie thalassocratique (navale et insulaire), elle prévoit de bénéficier d’un conflit généralisé sur le continent européen auquel il conviendra de prendre part sur la tard (en 1917, de la même façon que l’Angleterre attendit 1813 pour envoyer des troupes contre Napoléon) tout en prenant l’Europe occidentale à revers : nous arrivons ainsi, en 1917, à la double approche yankee de la 1ère Guerre Mondiale : une approche conventionnelle voulant qu’un million de soldats américains débarquent en France pour aider les démocraties occidentales ; une approche non-conventionnelle impliquant la collaboration avec les services secrets allemands et avec le mouvement trotzkyste pour provoquer l’écroulement de la Russie tsariste. Cette collaboration va survivre à l’armistice de novembre 1918 et même à l’écrasement des dictatures spartakistes et eisnériennes de 1919, avec la création en territoire soviétique de la Schwarze Reichswehr. On retrouve ici, incontestablement, une atmosphère clausewitzienne qui va perdurer, à travers le pacte d’août 1939, jusqu’au déclanchement de l’opération Barbarossa.

 

On peut donc s’interroger sur la persistance de la doctrine clausewitzienne dans l’Allemagne post-bismarckienne, plus précisément sous les IIème et IIIème Reich ; concluant que les défaites de l’Allemagne en 1918 et en 1945 ont été précisément dues à la non-conformité à l’héritage clausewitzien. En dépit d’un progressisme social d’avant-garde, le Reich wilhelmien n’a su concrétiser l’unité du politique et du militaire, prêtant par ailleurs le flanc aux tentatives déstabilisatrices qui vont aller en s’accentuant vers 1917 et qui ont pu faire dire que l’Armée Allemande n’avait pas été vaincue mais seulement poignardée dans le dos. Cet d’ailleurs là l’analyse du maréchal Erich von Ludendorff dans son ouvrage ‘La Guerre Totale’, der Totale Krieg, paru en 1920. A la même époque paraît d’ailleurs en France un ouvrage du même titre, par Léon Daudet, ceci signifiant que la même préoccupation voit le jour dans plusieurs pays d’Europe concernés par la débilité de leur système de Défense face à des menaces dont on distingue encore assez mal les contours. En fait, von Ludendorff, en paraphrasant Clausewitz et en proclamant que la Politique est la continuation de la Guerre par d’autres moyens, ne fait que confirmer la théorie clausewitzienne de la complémentarité, mieux de l’unité de la conduite de la Politique et de la Guerre, bref du Politique et du Militaire, à une époque dominée par les totalitarismes. Etrangement, le IIIème Reich, en dépit de l’ouvrage ‘Politik und Kriegführung’, tournera le dos à cette unité. La cassure de juin 1934 est extrêmement profonde. L’élimination de la tendance Röhm-Strasser constitue aussi l’éloignement des enseignements de la Thulegesellschaft, dont ceux de Gottfried Feder, de Haushofer, d’Alfred Rosenberg, de Dietrich Eckardt. Sans entrer dans le détail, disons qu’avec ce virage, c’est le projet de l’unité de l’Armée et du Parti qui est rejeté. Cette unité devait prendre pour creuset les SA de Röhm. Ce rejet entraînera une situation qui se révélera de plus en plus critique, jusqu’à arriver au 20 juillet 1944.

 

Nous ne pensons pas qu’il soit utile d’étudier l’influence de la pensée clausewitzienne dans des pays d’Europe désormais privés de leur souveraineté stratégique, devenus des vassaux de Washington et dont les dirigeants n’ont plus désormais d’autre choix que d’accepter les diktats de l’Oncle Sam, envoyant leurs troupes en Irak, en Afghanistan, peut-être demain contre l’Iran, pour des intérêts contraires à ceux du Peuple et de la Nation, dans de nouvelles guerres ‘des Princes’, avec la différence que les dits princes ne siègent plus à Versailles ou à Potsdam mais à Washington.

 

La fameuse phrase dont le vulgaire a fait le résumé de la doctrine clausewitzienne enseigne donc que la guerre est un acte politique, au service et dans le cadre d’une politique. ‘La guerre est chose sérieuse et dans un but sérieux’ : cette double affirmation qui peut passer pour une lapalissade revêt aujourd’hui toute son acuité, à l’heure où des guerres mondiales ont été déclarées, entraînant des dévastations gigantesques et des massacres par dizaines de millions, pour des buts variant d’un discours de politicien à l’autre. Nous voulons parler notamment de la Seconde Guerre Mondiale, officiellement déclarée à l’Allemagne par l’Angleterre et la France pour, en septembre 1939, garantir l’indépendance polonaise alors que deux ans plus tard on admettra que la Pologne dans son ensemble soit donnée en pâture à l’Union Soviétique, provoquant la révolte du général polonais Sikorski assassiné par l’OSS, future CIA. Les ‘buts sérieux’ qui, de 1792 à 1815, justifièrent les coalitions antifrançaises coïncidèrent avec les objectifs à longs termes de l’Usurocratie, avec la volonté du Vatican de garder sa mainmise sur l’Europe, avec les objectifs à courts termes des princes aux couronnes vacillantes. Il n’est pas certains que les peuples d’Europe dressés contre la France aient alors été conscients de ce que la victoire des coalitions allait signifier. Martin Kitchen a bien, nous l’avons vu, résumé leur tragique méprise. On peut aujourd’hui évaluer la perte infligée à l’Humanité par l’échec de la géopolitique napoléonienne, noyée dans les neiges russes et à laquelle les officiers réformistes prussiens contribuèrent à la façon décrite par Martin Kitchen. Eussent les troupes composant la ‘Grande Armée’ de 1812 abattu le régime tsariste – ce que les services secrets du président Wilson alliés à ceux de Bethmann-Hollweg réussiront 105 ans plus tard en utilisant Trotzky et Lénine (ces deux qui, en permettant sur le territoire soviétique, sans doute par complaisance envers Wilson leur big boss, la formation de la Schwarze Reichswehr, se feront en quelque sorte les promoteurs des tactiques de Guderian et du ‘Blitzkrieg’ dont nous avons parlé au sujet du couple ‘Artillerie-Cavalerie’ négligé par Clausewitz) – et, poursuivant leur marche, opéré leur jonction avec les héritiers de Tipou-Sahib, l’Eurasie eut vu le jour dès le début du 19ème siècle, constituant un immense empire cimenté par les principes du Coran, qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes ».  (Correspondance de Napoléon 1er, Pièce N° 3148)  d’après les propres termes de l’Empereur. La vraie paix, celle qui repose sur l’équilibre et l’harmonie, eut été offerte au Monde et la puissance émergente qui aujourd’hui le transforme en un enfer où toute vie sera impossible d’ici quelques décennies, n’aurait jamais pu dépêcher ses mercenaires et ceux de ses vassaux à Kaboul et à Bagdad, déstabilisé le Moyen-Orient, traité les peuples de l’Asie à l’atome et au napalm, décimé par la famine et le SIDA ceux de l’Afrique, persévéré dans ses tentatives d’intimidation et de racket sur ceux de l’Amérique Latine…

 

Nous l’avons dit, la doctrine clausewitzienne ne peut s’appliquer qu’à des peuples libres et jaloux de leur indépendance stratégique, c'est-à-dire à la fois politique et militaire, cependant que les peuples vassaux, ceux qui ont remis la clé de leurs arsenaux à une ‘super-puissance’ protectrice s’engagent sur la pente qui mène à la dichotomie des pouvoirs et des fonctions, en d’autres termes à un système de castes relevant de la féodalité… de la féodalité que prévalait au temps des mercenaires, de la guerre limitée des Princes.  Ce qui est surtout à retenir de la doctrine clausewitzienne, c’est précisément la concordance existant entre société civile et type d’armée, l’armée mercenaire allant de pair avec une société de serfs et d’intouchables.

 

J’insiste donc sur cette unité du stratégique et du social, sur la forme de guerre qui correspond au type d’armée, qui correspond aussi à la condition sociale du peuple, ainsi qu’au degré de souveraineté nationale.  On voit donc aussi le lien étroit qui existe entre Socialisme et Nationalisme, les deux courants ne formant qu’un, le Socialisme étant indispensable au Nationalisme et vice-versa..

 

Dans une conférence intitulée ‘Guénon, Clausewitz et la doctrine islamique du Tawhid’, la doctrine de l’Unité, je démontre comment les œuvres d’hommes aussi différents que René Guénon et Clausewitz convergent et se complètent.

 

Or, le système politique qui est, précisément basé sur l’Unité, c’est évidemment le système islamique.  Le régime islamique tel qu’il est aujourd’hui en vigueur dans la République Islamique d’Iran, est donc un régime clausewitzien au plein sens du terme.

 

C’est aussi celui que nous prônons à Egalité et Réconciliation, puisque nous voulons l’Unité sociale et nationale.

 

En conclusion, je rendrai hommage au Peuple Vénézuélien, à l’Armée Vénézuélienne, à leur chef, le président Hugo Chavez.  A travers lui, c’est l’Armée qui a entrepris le processus de régénération sociale, avec toute l’efficacité et toute l’abnégation que l’on attend de vrais militaires. Sous le concept civico-militaire, l’Armée Vénézuélienne est une formidable armée citoyenne avec une réserve puissante et formée aux techniques modernes de la guerrilla, si bien que si une armée conventionnelle parvenait à occuper une partie du territoire national, elle se heurterait à une guerrilla meurtrière d’hommes et de femmes décidés à mourir plutôt que d’accepter le retour de l’ancien régime quasi féodal sous une classe de vendus à l’impérialisme yankee. Et si l’Armée peut compter sur cette participation populaire à sa mission de défense nationale, c’est parce qu’elle a donné au Peuple la preuve de son attachement, de son engagement dans le processus de lutte contre le paupérisme. Ainsi donc se trouve réalisée, grâce aux forces armées vénézuéliennes et au mouvement bolivarien, l’Unité du Peuple et de l’Armée, de la conduite de la Guerre et de la Politique qui est la base même de la doctrine clausewitzienne, Hugo Chavez et ses compagnons se faisant les dignes héritiers de Simon Bolivar, lui-même héritier de la République Française de l’An II et des idéaux bonapartistes de grandeur nationale et de justice sociale.  

 

 

 

Notes

 

 

La Conférence d'Olmütz, aussi connue sous le nom de Traité d'Olmütz (ou encore la reculade d'Olmütz, voire l'humiliation d'Olmütz), est le nom d'un accord diplomatique qui a eu lieu le 29 novembre 1850 entre la Prusse, l'Autriche et la Russie qui mit fin au conflit austro-prussien de 1848-1850. Les conférences des représentants des trois pays ont eu lieu du 28 au 30 novembre 1850 à Olmütz.

Par cette conférence, la Prusse abandonne l'Union d'Erfurt et accepte le retour à laConfédération germanique sous leadership autrichien.

Le Traité d'Olmütz fait suite à la conférence qui a eu lieu à Olmütz (Olomouc), dans le margraviat autrichien de Moravie. Il est également connu sous le nom d'humiliation d'Olmütz, étant donné que le traité a été considéré par beaucoup comme une capitulation des Prussiens devant les Autrichiens. La raison du traité était un conflit entre la Prusse et l'Autriche au sujet du leadership dans la Confédération germanique. La Confédération, dominée par l'Autriche, a été dissoute lors des Révolutions de 1848 et a été partiellement remplacée par l'Assemblée de Francfort. Après l'échec de l'Assemblée de Francfort, la Prusse avait pris l'initiative, au début de l'année 1850, de l'Union d'Erfurt, une fédération regroupant la plupart des Etats allemands et dirigée par la Prusse.

Un conflit entre le Prince-électeur de Hesse-Cassel a été la cause pour le chancelier autrichienFelix von Schwarzenberg d'isoler davantage la Prusse. L'armée autrichienne et les armées alliées ont marché dans la Hesse électorale. Le 8 novembre 1850, l'armée prusienne était proche de la guerre avec la Bavière (une alliée de l'Autriche) près de la ville de Fulda. C'est pourquoi la Prusse a décidé de renoncer. Cette décision fait également suite à la prise de position de la Russie lors des négociations de Varsovie d'octobre 1850 (le tsar Nicolas Ier de Russie avait choisi le camp de l'Autriche).

Dans le traité d'Olmütz, la Prusse à travers son représentant Otto Theodor von Manteuffel, renonce au leadership sur les Etats allemands. Au même moment, la Confédération germanique est restaurée. La Prusse abandonne à l'Autriche le leadership de la confédération et a accepté de démobiliser.

 

 

 

Helmuth Karl Bernhard, comte von Moltke, né le 26 octobre 1800 à Parchim, mort le 24 avril1891 à Berlin, est un militaire prussien puis allemand.

Il s'engage dans l'armée danoise puis, en 1822, dans l'armée prussienne. De 1835 à 1839, il sert comme conseiller pour les troupes de l'Empire ottoman.

Il devint chef du grand état-major en 1857 et réorganisa entièrement l'armée, en accord avecOtto von Bismarck.

Il est général en chef lors des guerres des duchés, contre l'Autriche (voir bataille de Sadowa) etcontre la France (voir bataille de Sedan).

Excellent organisateur, il utilise les chemins de fer pour rassembler les armées et assurer leur ravitaillement. Il écrit des livres sur ce sujet, poursuivant ainsi les travaux de Carl von Clausewitz, dont son fameux Testament.

Il insiste pour que l'Allemagne annexe l'Alsace et la Moselle.

Guillaume Ier le fit comte en 1871.

De 1871 à 1891, il est membre du Reichstag, le parlement allemand.

Helmuth von Moltke abandonna ses fonctions militaires en 1888. Il écrivit de nombreux ouvrages de stratégie et une histoire de la guerre de 1870-1871.

Son neveu, Helmuth Johannes Ludwig von Moltke (1848-1916), sera chef d'état-major de l'armée allemande, de 1906 à 1914.

« La paix éternelle est un rêve qui est loin d'être agréable. Quant à la guerre, elle constitue une partie essentielle du plan divin à l'égard du monde… Sans elle, le monde sombrerait dans le matérialisme. »

 

 Son neveu, Helmuth Johannes Ludwig von Moltke (1848-1916), fut une nullité qui fit perdre la guerre à son pays en sabotant le plan Schlieffen, et ceci sous l’influence des Théosophes de Steiner qui l’avait rendu à moitié fou !
















 

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Publié dans Evénement

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