[E&R] Politique actuelle de la Russie, compte-rendu de la conférence de Maurice Gendre

Publié le par E&R-Ile de France

93800 une-poutineDans le cadre de l’année France Russie, Maurice Gendre, rédacteur à la revue Balkans-Infos, a exposé, au centre Saint Paul, sa vision de la politique de la Russie depuis l’arrivée de Vladimir Poutine. Après avoir rappelé les réformes économiques qui ont bénéficié aux retraités et aux fonctionnaires : doublement des retraites sur trois ans et augmentation de cinquante pour cent du salaire de base de la fonction publique, c’est le principe de la Dictature de la Loi qui a été présenté à l’assistance.

 

 

 

Une dictature qui n’est rien d’autre que le rétablissement de l’Etat de Droit dans un pays laissé aux mains des factieux depuis la chute de l’URSS. Le recouvrement de l’impôt des plus riches a été rendu possible  par la remise aux pas des oligarques, voire par leur emprisonnement si nécessaire comme ce fut le cas pour l’ancien PDG de Ioukos, Khodorkovski. Le recours à la force a permis la disparition progressive des «zones grises» principales sources de financement des guérillas situées dans le nord Caucase, région instable propice à tous les trafics. Dans un pays traumatisé par la chute dramatique du niveau de vie, ce recours à la force publique contre les puissants a été plébiscité et explique en grande partie le large soutien populaire à la politique du premier ministre russe. Sur un territoire où cohabitent neuf fuseaux horaires, la verticalité du pouvoir a réduit le rôle des intermédiaires, tout en assurant la stabilité politique d’une nation souvent proche du chaos. Nation avant tout politique, la Russie qui comprend une mosaïque d’ethnies, ne peut se permettre un Etat faible sous peine de disparaître.

 

En parallèle, le rétablissement de l’Etat de droit, s’est accompagné d’une volonté de réconciliation nationale. Dans un même mouvement, la Russie tsariste et l’ancien dissident patriote Soljenitsyne ont été réhabilités, tandis que le sacrifice de la grande guerre patriotique contre l’Allemagne nazie continue d’être célébré avec faste tous les 9 mai. La notion de repentance est pourtant totalement absente de la réconciliation russe, l’histoire perçue comme un bloc, permet d’accepter les pages sombres comme les pages glorieuses du passé, sans névroses et manipulations diverses.

 

La Russie, qui comprend différentes minorités religieuses (vieux croyants pour les orthodoxes, catholiques, juives, mais aussi musulmanes pour 12 %s de la population dont le ministre de l’Intérieur) reconnaît la diversité de ses composantes tout en s’appuyant sur son héritage orthodoxe. Cette politique de la main tendue explique son rapprochement actuel avec l’Europe de l’Est : La Pologne et l’Ukraine de l’Ouest pourtant catholiques demeurent culturellement plus proches de la civilisation orthodoxe que des évangélistes américains. Le rapprochement de l’Europe et de la Russie contredit les thèses du choc des civilisations de Samuel Huntington qui considère l’Europe de l’Ouest comme la base arrière de l’Amérique et perturbe violement la stratégie d’endiguement de Brzezinski, le principal conseiller aux affaires étrangères du gouvernement Obama. La construction d’une maison européenne composée de nations souveraines et fortes s’appuyant sur le poumon économique et spirituel que constitue la Russie représente le cauchemar principal de l’administration américaine. Le soft power que privilégie les démocrates, un impérialisme à visage humain, version Hillary Clinton ( !), préfère le contrôle culturel aux menaces armées. La diabolisation récente du pape lancée par les médias libéraux de gauches américains comme le New York Times ou allemands comme le Der Spiegel, pourrait trouver son origine dans des préoccupations d’ordre plus géopolitique que liturgique ou morale*. Les manipulations médiatiques anglo-américaines auront pourtant bien du mal à freiner l’unité retrouvée des peuples européens, seule alternative à la crise de civilisation qui ravage l’Europe.

 

E&R IDF.

 

* un article de Roland Hureaux dans Marianne défend cette thèse en révélant que les attaques contre l’Eglise catholique ont pour épicentre les lobbies anglo-saxons.

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