Malaise chinois à Belleville

Publié le par E&R-Ile de France

2506-BellevilleeQuelques jours après la manifestation de la communauté chinoise, le 20 juin, un journal de Canton expose les causes de sa colère : l’immigration et l’insécurité.

 

La manifestation organisée par les Chinois d’outre-mer, le 20 juin à Paris, contre la violence et pour plus de sécurité a duré seulement trois heures, mais elle a réuni au total 30 000 personnes [8 500 selon la police], un résultat inespéré. Le responsable de ce grand défilé, le président de l’association des Chinois d’outre-mer en France, Chan Sing Mo, est originaire de Wenzhou, mais il vit à Paris depuis trente-deux ans. A son avis, “la situation en matière de sécurité a commencé à se dégrader il y a une dizaine d’années”.

Le quartier de Belleville se trouve à la croisée de quatre arrondissements parisiens, les Xe, XIe, XIXe et XXe. Aucun de ces arrondissements ne s’en soucie vraiment. Chan Sing Mo explique que Belleville a connu une détérioration de l’ordre public ces dernières années, avec une montée en flèche des vols avec violence commis sur des Chinois, si bien que plus personne ne se sent en sécurité dans le quartier. Les associations locales de Chinois ont à plusieurs reprises alerté les autorités à ce sujet, sans que la situation ne s’améliore.

 

Qu Xing, ancien haut fonctionnaire à l’ambassade, rappelle que “la France est un pays avec deux grands partis dominants. Or ces quatre arrondissements sont tous dirigés par des maires de gauche, du Parti socialiste, alors que le maintien de la sécurité relève de la préfecture de police de Paris, laquelle est placée sous la responsabilité du ministère des Affaires intérieures. De ce fait, les autorités locales et le gouvernement n’unissent pas vraiment leurs forces pour résoudre le problème.” Chan Sing Mo fait également remarquer que “les Chinois sont de petite taille et ils aiment avoir du liquide sur eux. Ils sont donc facilement la cible d’agressions”, d’autant plus qu’en général ils ne souhaitent pas porter plainte à la police car ils croient qu’une petite perte financière évite de plus gros malheurs. Et ils n’ont aucune envie de s’embarquer dans les complications d’un procès.

 

En fait, pour le gouvernement français, le maintien de la sécurité est une question très particulière. Pour le diplomate Qu Xing, les causes profondes de la forte criminalité en France sont à la fois politiques, sociales et ethniques. “La question de la délinquance chez les descendants d’immigrés originaires d’Afrique francophone ou du Maghreb est un véritable casse-tête pour les Français”, affirme un jeune Chinois étudiant en France. En outre, la question de la sécurité a toujours été une carte importante à jouer pour les différents partis lors des élections. Les partis de droite préconisent de combattre sévèrement l’immigration illégale pour résoudre l’insécurité, mais, comme cela peut facilement entraîner des discriminations raciales, cette politique n’est pas approuvée par la majorité de l’opinion publique française.

 

Pour Wang Fanghui, réalisateur d’un célèbre documentaire [diffusé sur TF1 en 1998] sur la condition des immigrés clandestins en France, Chinois : le piège français, l’insécurité est un enjeu de taille qui revient sur la table à chaque élection importante. “Sarkozy a gagné pas mal de votes grâce à ses promesses dans ce domaine, mais, depuis sa prise de mandat, il n’y a pas eu de véritable progrès.” “Les Chinois savent gagner leur vie, mais ils ne s’intéressent pas trop au contexte social. C’est pourquoi les Chinois de Paris ont peu de poids sur le plan politique et social”, constate Chan Sing Mo.

 

Source : courrierinternational.com

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