François Duprat : un témoignage

Publié le par E&R-Ile de France


Préambule.

 

Il est assez difficile, plus de trente ans après, de se risquer à ce type d’exégèse. L’auteur de ces lignes avait entre dix-neuf et vingt-et-un ans, et si il avait quelques bribes de culture politique, a rencontré François Duprat dans le cadre d’un militantisme de terrain de Mi-1976 à Mars 1978. Soit , donc, les deux dernières années de sa vie.




 

L’objet de ma présence hebdomadaire dans la maison du Trait était à la fois la structuration militante du Front National de Seine Maritime, la réalisation des « Cahiers Européens », l’impression de diverses brochures aujourd’hui réprimées , ainsi que des brochures historiques sur les différents mouvements nationalistes et révolutionnaires de par le monde.

 

 

Contexte.

 

Il est totalement impossible de comprendre François Duprat sans faire référence au contexte politique général de l’époque. Au niveau international , nous sommes dans un schéma de pleine guerre froide, de bloc contre bloc ; au niveau national, de la perspective d’une première alternance possible sous la V° République, dont les élections de 1978 constituent un point évident de référence ; et au niveau du camp « national », d’un affrontement  tant idéologique, tactique, financier, que physique entre les tenants de l’ex-Ordre Nouveau, et ceux en rupture initiale ou progressive (ce qui est mon cas) regroupant tour à tour Solidaristes, nationaux et nationalistes de différentes obédiences ulcérés des compromis avec le Système.

 

Donc le contexte général est à la tension, et dans ce cadre, François Duprat quelque part , cristallise ces 3 niveaux de tension différents.

 

 

Le personnage Duprat.

 

Rejoindre François Duprat, dans ces années là, n’est pas une sinécure, tant le personnage est soumis à des critiques violentes, de ses adversaires, bien sur, mais surtout de son propre camp. En gros, pour résumer, il a la réputation d’être soit un informateur de la DST, soit des RG, ou les deux en même temps.

Le temps passant, on se rend compte que ses principaux accusateurs d’hier ont eux-mêmes, au meme moment , succombé aux charmes du Système honni.

 

Leur parcours politique en est une démonstration flagrante, si besoin était..

D’abord, François est une personne atypique parmi les leaders de cette mouvance de l’époque.

 

C’est un gascon, un homme du Sud Ouest, dans un milieu parisien qui a peu d’affect pour les militants de province. Non issu de la bourgeoisie, il vient d’un milieu populaire et clairement ancré à gauche. Accessoirement, meme si je pense que le petit passé trotskyste qu’on lui prète est en partie erroné, il ne dément pas cette filiation sulfureuse dans « nos » milieux.

 

C’est un intellectuel activiste. La denrée est assez rare pour etre soulignée. Personne ne conteste son courage physique, tant son lynchage à Vincennes en 1969 suivi d’une humilation par les maoistes emmenés par Gerard M. a marqué les esprits. Sans parler des manifs ou il est devant le SO à le haranguer. Et François lit, lit beaucoup, lit tout le temps. On ne peut pas comprendre Duprat , son rapport a un milieu politique souvent assez fruste, dans lequel il baigne, sans souligner cette soif permanente de lire et de s’informer.

 

Mais c’est, et la chose est déterminante à mon sens, avant tout, un historien.

François n’est pas un économiste, ou un philosophe, sa passion est celle de l’Histoire, et surtout celle de son camps. Et de sa praxis.

En gros pour caricaturer, il n’est certainement pas Keynes, certainement pas Marx, mais plutot un Lénine. Il convient donc pour lui, de s’inspirer des exemples antérieurs, de s’organiser, et de mettre en place la conquète d’un appareil politique , puis éventuellement d’un appareil d’Etat.

Il convient de souligner donc cette contradiction entre un organisateur politique et l’homme Duprat qui est , lui-même , assez bordélique et assez brouillon, dans son quotidien personnel.

 

 

Son rapport à l’économie et au social.

 

Je dirais que François est un homme de son temps , celui des années 1970, et de l’héritage qu’il véhicule par ses études historiques. Il n’est donc pas particulièrement novateur en la matière. L’Etat , le Plan, le national syndicalisme sont les paramètres normaux d’un militant nationaliste de l’époque. Il n’est , au sens économique du terme, en aucun cas, un libéral, et il se place dans une logique clairement dirigiste.

 

Quant à son rapport aux luttes sociales, il est directement entravé par le contexte de l’époque. François est un anticommuniste déterminé, la CGT, toute puissante à l’époque, est une courroie de transmission du PCF, donc, il convient de combattre le centre et la périphérie du communisme à visage national. Point barre.

 

C’est un peu court, mais c’est l’esprit du temps. Il constate la Lutte des classes, n’en récuse pas l’existence, mais en suggère la collaboration. Sur ce point-là, il est à l’aune de l’extreme droite traditionnelle de l’époque.

 

Les  legs de François Duprat.

 

Hormis ces visions traditionnelles, le reste, tout le reste, l’est beaucoup moins.

D’abord, François est un organisateur.

Cela parait évident aujourd’hui, mais dans le contexte de l’époque, cela l’est beaucoup moins. François impose, entre 1974 et 1978, une logique d’organisation qu’ensuite Stirbois développera. Sections, cellules, structures départementales et fédérales, tout cela parait commun , désormais. A l’époque compte tenu des bandes parisiennes, bandes au sens propre du terme, qui régentaient le milieu estudianto-nationaliste, cela ne l’était pas.

 

Il a impulsé cette logique, personne ne peut le contester. Elle a perduré au Front jusqu’à il y a peu.

 

Ensuite , François  impose le concept de Nationalisme révolutionnaire.

Ce concept apparait dans le livre du 2° congres d’Ordre Nouveau, donc en 1972. Auparavant, peu de trace de ce qui peut apparaitre à beaucoup, à l’époque,  dans cette frange, comme un oxymore. Et pourtant….

Le génie politique de François, qui , pour le coup, n’est pas démenti aujourd’hui, c’est d’anticiper le fait que la lutte des nationalistes est globale. Au petit militant d’Assas ou de Seine Maritime, il dit une chose simple, et argumentée. « Votre lutte n’est pas  simplement une lutte nationale française. D’autres personnes, dans d’autres contextes, avec  des présupposés différents , luttent pour la meme chose que vous. Ils sont syriens, irakiens, argentins, indiens, membres du BNP en Angleterre, du Sinn Fein en Irlande ou de l’IRA, membres du NPD ou du MSI (de l’époque), vous ne les connaissez pas , mais je vais vous dire, moi, pourquoi ils ont les memes sensations que vous ».

Aujourd’hui, cela parait aussi évident. En 1974 et suivantes…cela l’était, là aussi, beaucoup moins. Le tropisme des militants nationalistes de cette époque se situait entre Assas et l’Odéon, et les bars du quartier….

 

François a anticipé l’Internationale des nationalistes.

 

François, a , le premier, pris en compte, la problématique palestinienne.

Cela démarre en 1967 avec le Rassemblement pour la Libération de la Palestine.  A l’époque, tout le camp « national »  soutient le petit Israel confronté à l’ogre Arabe. Et François crée ce truc improbable qui doit ne pas rassembler grand monde, mais qui fait date. Il  faut bien comprendre qu’à,l’époque, le soutien à la cause palestinienne s’apparente à une trahison du camp « national ». Certes, certaines organisations, avec Yves Bataille, relaient un tant soit peu, le message. Mais cela reste faible. Très faible. Mais la ligne tracée par François fait son chemin. Il ne connaîtra pas sa victoire idéologique de son vivant, elle sera plus tardive, mais jusqu'à ces dernières années (mois ?), François avait contribué à desserrer l’emprise sioniste sur le camp « national ».

Cette prise en compte de la problématique palestinienne est déterminante dans « nos » rangs. Au moment ou elle s’effectue, même si elle est ultra minoritaire, elle est ultra symbolique. « Des nationalistes français, et l’un d’entre eux, qui a été sans doute proche dans sa jeunesse de l’OAS Metro, peuvent prendre partie pour le camp « Arabe » et donc, de ce fait, mettre à bas, le concept d’Occident qui est ultra majoritaire dans ses propres rangs ».

 

Sur le coup, je pense qu’il ne se passe rien. Sur le fond, c’est une onde de choc.

C’est indéniablement le grand apport de François au camp « national », contre ses « amis », ce qui lui vaudra quelques pugilats et inimitiés durables.

 

 

Révisionnisme et antisémitisme.

 

J’ai côtoyé François deux ans, et ai eu antérieurement quelques échanges écrits.

Je ne peux évidemment dans ce témoignage juger que de ce que j’ai entendu de mes propres oreilles. En ce qui me concerne, je ne peux pas témoigner d’une obsession antisémite de tous les instants. En aucun cas. Je ne dis pas qu’avec d’autres auditeurs cela n’ait pas pu être le cas, mais en ce qui me concerne, cette récurrence obsessionnelle ne m’est clairement pas apparue.

 

En revanche,  la thématique révisionniste, qui, pour ce qui me concerne, était une découverte totale, était entre ces années 1976 et 1978 une obsession, claire, assumée et délibérée. On en était aux bases de ce qui ensuite a été développé par Faurisson et quelques autres, et il semblait bien, mais ce n’était pas mon sujet, que ces réseaux se construisaient. Mais leur émergence, il convient de le rappeler, ne se firent que post mortem (tribune dans Le Monde, interview de Faurisson par Ivan Levai…) dans le cas qui nous occupe.

L’impression qui résulte sur ce point, comme sur le précédent, c’est que François a semé, et que la « récolte », la aussi, ne fut que posthume.

 

L’assassinat de François.

 

Dois je préciser en préambule que j’y ai, évidemment, beaucoup réfléchi, tant sur les causes que les commanditaires et exécuteurs.

Les pistes sont assez claires. Il n’y en a pas cinquante.

Commençons par la plus évidente, puisque revendiquée dans les minutes suivant l’attentat.

La piste sionisto-Mossadienne : Je n’y crois pas et n’y ai jamais cru. C’est l’exemple-type du leurre. La suite a d’ailleurs montré, en creux, qu’elle n’avait pas de pertinence, car à cette aune-là, d’autres auraient pu tomber sous des foudres comparables.

La piste syro-irakienne. Je mets les deux ensemble, car il pourrait s’agir d’une vengeance d’un service sur l’autre. Je ne suis pas compétent pour en juger, là aussi, ça me parait improbable,  mais il manque une pièce pour en juger. Le passeport de François qui permettrait de se faire une opinion sur ses déplacements à l’étranger à cette période.

 

La piste d’extrême gauche . Je n’y ai jamais beaucoup cru non plus, mais je n’oublie pas la bombinette dans son jardin de Maisons-Lafitte, quelques années plus tôt. Mon sentiment est que l’extrême-gauche trotskyste avait d’autres chats à fouetter que de se payer ce type d’attentat sophistiqué. Néanmoins, je ne l’exclus pas totalement. Michel Recanati, figure emblématique du SO de la Ligue et de la JCR, l’homme à coté de Geismar, Sauvageot et Cohn Bendit, celui dont on ne parlait jamais, s’est, suivant les propres dires de son ami Romain Goupil , « suicidé » cinq jours plus tard, le 23 Mars. Coïncidence ? Peu etre…


La piste de l’extrème droite du Regime. C’est pour moi, la plus crédible, en l’état. François cristallisait beaucoup de haine, c’est indéniable. Agent des RG et de la DST , disait on… Possible, mais l’argument paraît faible dans des milieux qui ont toujours été infiltrés, et cela n’a jamais pris des dimensions de cette nature. Il devait donc, y avoir quelque chose de supplémentaire, qui nécessitait que François demande un port d’armes, quelques mois avant sa mort, port d’armes qui ne lui a pas été accordé.On ne demande pas de port d’armes, sans raison…..

 

L’énigme reste donc totale. La personnalité de François est complexe, sa mort est mystérieuse, et trente ans plus tard, cela reste un sujet tabou. Et il convient d’avoir toujours à l’esprit une chose. De droite, de gauche, d’extrème droite ou d’extreme gauche, on meurt beaucoup de façon violente dans ces années-là.




Source : er-normandie.over-blog.fr

Publié dans Politique

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