Des Camerounais sans abri meurent dans le désert du Sahara

Publié le par E&R-Ile de France


Selon les informations parvenues en provenance de la ville de Tinzaouaten, à califourchon entre l’Algérie et le Mali, plusieurs Camerounais, des centaines, y sont bloqués. La plupart sont refoulés dans la partie située au Mali.

« Chaque semaine, l’Algérie déverse des dizaines de migrants qui ont été arrêtés et enfermés sur son territoire. Le Mali les accepte en silence, sans se préoccuper de leur sort. Ils sont des centaines, les migrants qui se retrouvent coincés dans ce lieu désertique, où ils ne peuvent pas facilement remonter vers le Nord ou descendre vers le Sud », soutient notre informateur. Toujours selon cet informateur, pour arriver à Tinzaouaten, il faut environ 10 heures pour traverser le désert par le nord, et environ 7 heures pour le traverser par le sud. C’est que la zone est fortement enclavée. A lire aussi:

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5. 86 Mégawatts de plus dans le réseau électrique camerounais Cet enclavement est davantage dû au fait que cette ville est restée longtemps coupée de toute connexion à cause des rebellions qui ont transformé le nord du Mali et une partie de l’Algérie en « no man’s land » contrôlé par des milices armées.

« Les migrants vivent du côté malien de Tinzaouaten dans un désert fait de maisons abandonnées et transformées en ghettos pour chaque population présente. Ces migrants viennent du Nigéria, Libéria, Cameroun, Mali, Burkina Faso, ou encore du Sénégal », explique la source. Cet endroit est tellement hostile à la présence humaine, que certains ont fini par la baptiser « la ville de la folie ».

Et l’explication est toute simple. « Ils ont adopté cette appellation au vu du nombre de personnes qui, jetés dans ce lieu, sont devenues folles. Elles sont sans assistance sanitaire, sans travail, sans moyen de subsistance, livrées à tout type de violence, car abandonnées à elles-mêmes ».
Aventure ambigüe Cette situation où se retrouvent certains Camerounais partis à l’« aventure », à la recherche d’un lendemain meilleur et où les conditions de vie leur seraient favorables, dans la ville de Tinzaouaten n’est pas singulière. Elle est presque similaire dans toute la partie septentrionale de l’Afrique. De la Lybie au Maroc en passant par l’Algérie ou même la Tunisie, il n’y a pas d’endroit où les Camerounais ne soient victimes des actes de racisme. A titre d’exemple, Rostand Fouda, footballeur camerounais ayant évolué à l’Union sportive de Douala en 1998/1999, à Bamboutos de Mbouda en 2004, puis parti pour la Thaïlande par la suite, s’est retrouvé au Maroc. Il a été jeté en prison sans que l’on ne sache pas trop bien les chefs d’accusation.

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« Aucune explication n’est donnée pour expliquer ces détentions arbitraires. Parfois il suffit d’un oui ou d’un non pour que vous soyez jeté en prison sans que cela n’émeuve qui que ce soit. Les Camerounais, pour ne parler que d’eux, sont victimes de plusieurs actes de racisme au Maroc », explique un Camerounais qui a passé un séjour dans ce pays. Le dernier cas en date, c’est ce compatriote surnommé Stopira, et dont le nom serait Yanga, originaire de la ville d’Edéa et parti en aventure au Maroc. Il a été copieusement bastonné par la foule en furie, puis condamné à un an d’emprisonnement ferme.

« Aucun motif sur son emprisonnement n’a été avancé. Mais comme cela est de coutume ici, même pour avoir regardé une femme, vous êtes exposé à la prison, si jamais cela ne plait pas aux Marocains », s’entend-t-on dire. Plusieurs Camerounais se retrouvent ainsi en prison pour des raisons difficiles à établir. Et pour s’en sortir, ils sont obligés de développer d’autres techniques. Ils optent pour des passeports étrangers, surtout des pays de l’Afrique de l’Ouest, qui leur donne la latitude de pouvoir entrer dans ces pays du Maghreb sans obtention préalable de visas. « Certains Camerounais ont été obligés de changer de nationalité et de devenir soit des Maliens, ou des Guinéens, pour entrer dans ces pays et être en règle », confie une source. D’autres sont obligés d’épouser des Marocaines pour pouvoir bénéficier de la carte de résident et obtenir toutes les facilités requises, tel un emploi, après avoir bien évidemment eu à changer de nationalité comme cela est de coutume. C’est ce qu’a par exemple fait Serge Sanda Bell en janvier dernier en épousant une Marocaine.

Comme lui, tous les autres Camerounais qui sont dans cette posture «disent garder la nationalité camerounaise». Comme les infortunés de Tinzaouaten, la plupart de ces Camerounais en errance attendent un jour retrouver la voie qui leur permettra de commencer une autre errance, et cette fois, dans un pays d’Europe.

Une aventure qui pourrait toujours être dramatique, l’accès dans ces pays étant devenu plus difficile, les pays européens ayant opté pour la plupart pour une immigration non plus contrôlée, mais choisie. Mais en attendant, les refoulés de Tinzaouaten attendent tristement que la mort, dans certains cas, puissent les délivrer de cette aventure qui a vite fait de virer en mésaventure. Qui a dit que le paradis, c’est chez les autres ?

Source : Le Messager

Publié dans Libertés

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