Des banques clôturent les comptent peu « rentables »

Publié le par E&R-Ile de France

Des établissements n'hésiteraient pas à fermer des comptes pourtant créditeurs parce qu'ils ne sont pas assez rentables.

Les comptes dormants ne plaisent pas aux banques qui invoquent les frais de gestion. DDM

Des portefeuilles fournis, pas de découvert à l'horizon, des clients fidèles et fiables depuis des années… mais voilà, ces clients créditeurs s'endorment un peu sur leur compte. En clair, ils ne consomment pas de services bancaires, réalisent très peu de mouvements sur leur compte. Malgré les apparences, ils ne plaisent pas aux établissements bancaires, qui ne les trouvent pas très rentables.

À telle enseigne que certains d'entre eux n'hésiteraient pas à remercier leurs clients en clôturant sans concertation véritable ces comptes encombrants. Selon, Serge Maître, le secrétaire général de l'AFUB, Association française des usagers des banques, « On assiste à une recrudescence du phénomène, avec 50 plaintes sur notre site Internet en décembre. » En 2009 l'association aurait reçu 508 plaintes et plus de 1 200 témoignages. « Jusqu'à présent, la clôture des comptes intervenait quand il y avait une rupture de la confiance entre le client et son banquier, un problème de solvabilité », explique-t-il. De fait, il y avait eu dans les années 1990, une vague de clôtures autoritaires mais qui concernaient seulement les personnes à risque. Désormais, selon M. Maître, les banques, en quête de rentabilité, souhaiteraient se défaire de « clients qui n'ont pas la consommation minimale » de services bancaires. C'est le cas, rapporté par « Le Monde », de Jean-Michel, peintre en bâtiment depuis 2005, client du Crédit agricole depuis 1987. « Je viens de recevoir une lettre m'informant que mon compte sera clôturé dans 60 jours, raconte-t-il. Pourtant, il est super-créditeur, avec 10 000 ou 15 000 € en permanence, et je n'ai jamais eu le moindre incident de paiement. » Dans son courrier, la banque ne donne aucune justification. « Elle veut que j'ouvre un compte professionnel, qui me coûterait de l'argent et dont je n'ai pas besoin

[…] Comme j'ai refusé, j'ai été viré… » Mais en la matière, il n'y a aucune statistique officielle. La Banque de France ne prend pas ces cas précis en compte. Et à la Fédération bancaire française (FBF), on assure ne pas avoir eu de signalement particulier sur la question (encadré). D'autres associations, syndicats ou banques, susceptibles d'être informées sur le sujet ne nient pas que la tendance existe « peut-être », mais considèrent qu'elle est sûrement « marginale. » Pour Véronique Descacq, de la fédération CFDT des banques, les cas mentionnés ne correspondent pas « à une stratégie ou à une politique commerciale des banques ». Ils pourraient être une conséquence « perverse » de la « forte pression commerciale exercée par les banques sur leurs agents ». Il est vrai que les banques sont devenues très offensives pour placer à tout prix des produits payants auprès de leurs clients. « Certains agents peuvent être tentés de pousser dehors les gens qui n'ont pas assez de produits pour augmenter leur taux », affirme-t-elle. Ainsi, le témoignage d'Anne, cliente à la BNP : « J'accepte d'office de souscrire à des produits bancaires du style Provisio que je n'utilise pas. Ces derniers temps, je reçois des courriels et des SMS m'indiquant qu'un message urgent de ma banque m'a été envoyé, et chaque fois je tombe sur des offres commerciales… Mon compte est désormais géré par une agence de pub ! »

Les banques ont aussi le droit de rompre

La Fédération bancaire française, est l'organisation professionnelle qui représente toutes les banques installées en France. L'une de ses responsables affirme que jusqu'ici, elle n'avait « jamais été saisie de ces questions. » « Pourtant nous avons un comité consultatif du secteur financier qui se réunit très régulièrement et qui comprend la Banque de France et des associations de consommateurs tels que l'UFC-Que choisir », remarque-t-elle.

pour elle, il paraît même « étonnant que les banques, qui sont plutôt à la recherche de nouveaux clients, et qui font tout pour fidéliser ceux qu'elles ont déjà, cherchent à s'en débarrasser. »

Elle fait en outre remarquer que les quelques centaines de cas mentionnés par l'Association française des usagers de banques restent infimes au regard des » 60 millions de comptes ouverts dans les banques françaises », ajoutant, « Il faudrait connaître précisément chaque cas de clients remerciés alors que leur compte est créditeur, pour voir s'il n'y a pas d'autres critères à prendre en compte. »

De fait, les banques ont, comme les clients, le droit de rompre la convention de compte. Il n'y a aucun recours possible, quelle que soit la partie qui prend l'initiative de la rupture. Seule obligation, pour les banques : elles doivent respecter un préavis avant de clôturer le compte. Selon la charte des services bancaires, le délai minimum se situe entre 30 et 45 jours. Ce délai doit permettre au client d'organiser son départ.

L'établissement doit aussi respecter certaines règles. Il est ainsi tenu d'informer par écrit ses clients préalablement à la fermeture du compte. L'article L 312-1 C de la convention des monnaies et finances indique aussi que le banquier doit s'abstenir de clôturer le compte si cela entraîne une gêne excessive auprès de son client ou s'il le fait de manière abusive.


« Au troisième appel, j'ai compris que je n'avais plus le choix »

Les comptes dormants ne plaisent pas beaucoup aux banques. Nadine, une Toulousaine de 49 ans, en a fait l'expérience auprès de son agence du Crédit Agricole, dans l'Aveyron, voilà quelques années. Cliente régulière d'une autre banque à Toulouse, elle avait néanmoins « gardé un compte courant dans cette agence avec quelques dizaines d'euros dessus. J'y tenais parce que mes parents étaient clients dans cette banque et qu'il m'était pratique d'y maintenir un compte, pour effectuer plus rapidement des virements, par exemple. » Le problème est que ces mouvements demeuraient fort rares. « Tous les deux trois mois peut-être. » Jusqu'au jour où, après avoir passé une longue période sans réaliser la moindre opération, elle a été contactée une première fois par un agent de la banque, qui lui a signalé que ce compte ne fonctionnait plus, et qu'il fallait trouver une solution. Mais Nadine rechigne à le fermer pour de bon. « J'ai été relancée une deuxième fois, puis une troisième. Là, au troisième appel, ils m'ont bien fait comprendre qu'il fallait clôturer ce compte. Donc j'ai accepté. »


Publié le 06/01/2010 | Valérie Cueillens

Source : www.ladepeche.fr

Publié dans Economie

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