Il faut arrêter le bétonnage des espaces agricoles!

Publié le par E&R-Ile de France


Paris 2030. Lancée à grand renfort de publicité il y a deux mois, l’opération « Paris 2030 » est aujourd’hui totalement retombée dans l’indifférence. Le plan de com’ qui visait à promouvoir cette opération a atteint son objectif : faire accepter et avaliser sans vote par la population francilienne, plus d’un an avant les élections régionales, un « schéma directeur » permettant de couler tranquillement du béton pendant les 20 prochaines années.





C’est donc le moment de remettre ce projet dans une perspective globale, plus large et plus vaste que le court-termisme qui consiste à dire : « vite, vite, il faut construire, creuser des tunnels, bâtir des villes nouvelles sinon la région parisienne sera invivable dans 20 ans. » Prenons donc du recul et remettons les choses en perspective.


Depuis l’origine d’une civilisation basée sur l’agriculture – on pourrait presque dire depuis de début de la civilisation tout court – la fonction première de la terre, c’est de nourrir ceux qui la cultivent ou y travaillent.


Dans cette optique, avec une superficie de 55 millions d’hectares, dont 28 millions en surface agricole utile, comprenant 18 millions d’hectares de terres labourables, la France dispose d’un fantastique potentiel.


Chaque année, l’urbanisation sous toutes ses formes (habitat, routes, zones industrielles, commerciales…) absorbe plus de 60 000 hectares. Ce phénomène serait relativement mineur s’il n’affectait pas en priorité la périphérie des grandes villes qui, à l’image de Paris, se sont implantées au cœur des régions agricoles les plus fertiles. Ce qui est donc en jeu, c’est la stérilisation définitive des meilleures terres agricoles qu’entraîne une urbanisation anarchique.


Imaginons une notation de 1 à 10 des terrains agricoles de la France en fonction de leur potentiel de production alimentaire. On s’aperçoit que la note moyenne des terres urbanisées est supérieure à 5 sur l’ensemble du territoire et de l’ordre de 6 à 7 dans le Bassin parisien.


Grosso modo, dans une hypothèse d’autarcie alimentaire, chaque hectare de terre du Bassin parisien permet de nourrir 4,6 personnes alors que la moyenne chute à 2,2 habitants par hectare si l’on considère l’ensemble de la surface agricole utile du pays.


Au rythme actuel d’urbanisation, plus de 2 millions d’hectares de terre cultivable de qualité vont disparaître en France d’ici 2050, soit un « manque à nourrir » de 5 à 6 millions d’habitants. Si, parallèlement, on considère les perspectives de croissance de la population française à cette échéance (environ 70 millions d’habitants), on observe une baisse rapide des capacités de production alimentaire.


Au niveau mondial, cette situation se répète dans de très nombreux pays : l’urbanisation croissante et anarchique se développe en priorité sur les terres les plus fertiles. Si on ajoute à cela d’une part la pression du lobby des biocarburants qui vise à transformer un maximum de surfaces cultivables en « puits de pétrole agricoles », d’autre part le pillage des océans qui, s’il se poursuit au rythme actuel, fera de la pêche en mer un loisir au même titre que la chasse aux alentours des années 2050, c’est un manque à nourrir de plusieurs centaines de millions d’habitants que nous sommes en train de créer.


Alors que faire pour relever ce défi alimentaire qui s’annonce comme l’un des enjeux majeurs de ce siècle ? À l’échelle de notre pays, concrètement et modestement, plusieurs pistes peuvent être explorées :


● Faire pression sur les décideurs nationaux et élus locaux pour que cesse le bétonnage des meilleures terres agricoles. C’est dans les zones au faible potentiel agronomique, et en occupant le moins de surface au sol possible (priorité à la densification urbaine) que doivent s’implanter les villes nouvelles.
Une suggestion en ce sens : ne peut-on bâtir des villes nouvelles sur des terrains peu fertiles se trouvant à proximité de grands axes ferroviaires ou routiers existants ? Dans une société où, sur le plan professionnel, le mail est devenu la principale forme de communication, la visioconférence est banalisée, etc. il n’y a aucun intérêt stratégique à implanter un « pôle nouvelles technologies » sur des terres de première qualité situées à moins d’une heure de la tour Eiffel !


● Développer fortement, c’est-à-dire doubler ou tripler, la surface des jardins familiaux, notamment par le biais d’une fiscalité locale incitative : un hectare de ces jardins permet de subvenir aux besoins en légumes de 40 familles de 4 personnes…


● Mieux répartir les productions en fonction du type de terrain : par exemple, éviter la production de viande bovine dans les zones céréalières.


● Arrêter de détruire à grands frais, en application d’un « principe de précaution » assez discutable, un tonnage impressionnant de farines de viande, source de protéines pour l’alimentation des porcs, volailles ou poissons.


À plus long terme, 2050 et au-delà, il est probable que ces mesures ne seront pas suffisantes pour concilier croissance de la population, contraintes écologiques et besoins alimentaires. Quelle sera alors la solution ? Très probablement une modification radicale de l’habitat, sous la forme de « méga-tours », de « villes-tours » qui, en occupant une surface au sol relativement faible sur une très grande hauteur, présenteront l’avantage majeur d’être « écologiques » : auto-suffisance en énergie, recyclage intégral des déchets, préservation de l’espace environnant, réduction des transports individuels, etc.


Mais dès aujourd’hui, le changement prévisible d’échelle des problèmes de ressources alimentaires et énergétiques exige un changement d’échelle dans nos réflexions, nos modes d’analyse et de prise de décisions ainsi qu’un abandon de nos égoïsmes suicidaires.


Il nous faut imaginer une nouvelle gouvernance démocratique qui répondra aux nécessités d’une nouvelle ville, au milieu d’une nouvelle campagne, dans une France aux contours modifiés par la montée des eaux liée au réchauffement climatique, au sein d’une Europe en paix.



Source : toutsaufsarkozy.com

Publié dans Agriculture

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