Censure française

Publié le par E&R-Ile de France



Vincent Geisser n’est incontestablement pas de ma paroisse, mais ce qui lui arrive mérite d’être raconté et qu’on se solidarise avec lui.






Spécialisé dans la recherche sur l’islam contemporain et sur les populations immigrées, Vincent Geisser est chargé de recherche au CNRS, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman et président du Centre d’information et d’études sur les migrations internationales, il est aussi soupçonné par de mauvais esprits de vouloir constituer un « lobby arabo-musulman » au sein du CNRS… C’est dire si, aux yeux de certains, il est un élément à abattre.

Un mail de soutien, imprudemment publié sur un blog, à une étudiante venant de se voir retirer sa bourse de doctorante au motif qu’elle portait le voile, le voit être convoqué devant la Commission administrative paritaire du CNRS qui devrait le sanctionner pour un manquement à l'obligation de réserve qui s'impose aux fonctionnaires. Accusation surprenant quand des dizaines de ses collègues font part chaque jour de leurs opinions, souvent mille fois plus virulentes, dans les médias sans qu’on leur reproche quoique ce soit…

Le manquement à l'obligation de réserve est donc, de toute évidence, un faux-nez pour bâillonner la parole d’un politologue dont le seul tort est de s’intéresser de trop près à l’islam et aux musulmans, et d’être l’auteur de nombreux ouvrages qui ont eu le mérite de mettre en lumière l’hypocrisie de la bien-pensance d’une certaine élite. Pensons par exemple à l’excellent Discriminer pour mieux régner, enquête sur la diversité dans les partis politiques (L’Atelier, 2008) où il montrait l’instrumentalisation des descendants d’immigrés par la classe politique (on pouvait, entre autre, y lire cette extraordinaire remarque de Chafia Mentalecheta : « C’est au parti socialiste que j’ai compris que j’étais une immigrée. Ce n’est pas dans la société française mais au sein du PS que l’on m’a expliquée que, comme je m’appelais Chafia, je ne pouvais pas accéder à un certain nombre de responsabilités. »)

Cela étant, soixante-dix chercheurs, parmi lesquels Edgar Morin, Esther Benbassa et Pascal Boniface, ont adressé une lettre ouverte à la ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, en réaction à la procédure disciplinaire lancée à l'encontre de Vincent Geisser, je les en félicite mais, en même temps, je me demande bien pourquoi ils sont tous resté silencieux quand Serge Thion fut soumis à une procédure similaire qui occasionna son licenciement du CNRS… Y aurait-il au yeux de ces chercheurs des collègues que l’on peut sanctionner et censurer et pas d’autres ?

Un autre cas de censure est celui qui frappe le livre Sarkozy, Israël et les Juifs de Paul-Éric Blanrue (Éditions Oser Dire). Son auteur collaborateur de la revue Historia depuis des années, est un écrivain de livres à succès (dont Carla et Nicolas, Chronique d'une liaison dangereuse et Le Joueur, Jérôme Kierviel seul contre tous) qui se sont vendus chacun à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.

En 2009, il décide, après une enquête fouillée, de publier un ouvrage sur les liens extrêmement troubles entre le Président Sarkozy et l'Etat d'Israël, intitulé: Sarkozy, Israël, et les Juifs. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque tous les éditeurs auxquels il s'adressa lui répondirent : Non (Editions Apic, Agone, La Fabrique...) ou pire, restèrent muets (Le Temps des cerises, La Découverte....) La réponse de Franck Spengler, fondateur des éditions Blanche, se voulut franche et directe: « pour le publier, c'est hélas non, car outre les risques (mesurés malgré tout) de sortir ce livre, on aura pas une ligne de presse et encore moins de média télé ou radio du fait de ceux dont on ne peux pas dire le nom et de leur affidés. Et ce ne sont pas quelques remous sur internet qui feront vendre le livre en librairie… »

Paul-Éric Blanrue dut donc choisir de se faire éditer en Belgique, par la courageuse maison Oser Dire car il s'attaquait à un sujet trop sensible pour les éditeurs français. Mais il n’en avait pas fini avec ses problèmes. En effet aucun diffuseur français de livre n’a, à ce jour, accepté de distribuer le livre en France !

Censure ? Oui, mais censure non-dite, feutrée et peu perceptible au commun. Une censure identique à celle, hypocrite, qui vient de frapper le film Sans forme de politesse : regard sur la mouvance Dieudonné. Celui-ci n’est nullement interdit, mais vous ne pourrez pas le voir dans une salle de cinéma puisque aucune n’accepte de le programmer. La seule qui s’y était risquée, L’Entrepôt, a du y renoncer après avoir été menacée a demi-mots par Bertrand Delanoë (« Dans la mesure ou l’Entrepôt reçoit une subvention de la ville, nous avons pris contact avec son exploitant et lui avons fait savoir le plus clairement du monde notre désapprobation totale dans l’hypothèse où ce film serait effectivement projeté »).

Tout ceci se passe dans la patrie de Voltaire.

Tout ceci ne sert que les intérêts de quelques uns, de ce que l’on pourrait, au risque d’être censuré, nommer un lobby…


Christian Bouchet


Source : voxnr.com

Publié dans Libertés

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