Israël-Occident : les liaisons dangereuses

Publié le par E&R-Ile de France



 
Il fut un temps – temps révolu – où la contestation du sionisme était l’exclusivité de populations arabes directement confrontées, sur le terrain, à la présence militaire d’un Israël surarmé et considéré comme au dessus du droit international. La Palestine en est l’exemple le plus tragique. Il fut un temps où on ne parlait pas de cela en Europe, ou alors seulement à mots couverts, dans certains cercles d’initiés.







Et puis le monde s’est rapetissé, via la mondialisation et la société de l’information. On s’est mis à parler de ce qui se passait à l’autre bout du monde, les pages internationales ont pris de plus en plus d’importance dans nos journaux. Puis la présence de populations arabo-musulmanes s’est développée sur notre sol de manière exponentielle et des gens sont venus vivre chez nous, des gens qui arrivaient avec leurs problèmes particuliers, exportant dans nos pays (aux dires de certains) des conflits qui, au premier abord, n’étaient pas les nôtres. Au premier abord seulement.

 

Il fut un temps où la question sioniste nous était étrangère. Ce temps est passé. Et le plus frappant, lorsqu’on y réfléchit bien, c’est qu’en réalité, la question sioniste n’a pas été importée chez nous. Elle s’est révélée, tout simplement. Car le sionisme que nous, Européens, déplorons, ce n’est pas directement celui qui affame, spolie et massacre en ce moment même un peuple au Proche-Orient. Ce sionisme-là, nous le condamnons par solidarité avec d’autres peuples, par un sentiment outré d’humanité, mais nous n’en sommes pas nous-mêmes victimes.

Non, le sionisme qui nous touche directement, c’est celui qui, à la fois impalpable et terriblement présent, sévit sur notre sol sous la forme d’une chape de plomb posée sur la liberté d’expression, d’un contrôle médiatique implacable qui n’est autre qu’une forme larvée de terrorisme intellectuel. Impossible aujourd’hui, en effet, d’articuler la moindre critique sur les agissements de l’Etat d’Israël ou des lobbys communautaires tels qu’ils existent chez nous sans risquer de se faire abusivement traiter d’antisémite et, donc, d’être disqualifié, mis au ban du débat démocratique. Cette disqualification peut même aller plus loin, elle peut aller jusqu’à l’amende, au licenciement et parfois même à l’emprisonnement, comme cela a été encore récemment le cas, en Suisse même, avec l’incarcération, sur plainte de la CICAD
[1], du journaliste indépendant Frank Brunner pour délit d’opinion concernant la question sioniste[2].

 

Ainsi, à ceux qui, mus par une xénophobie latente, attribuent notre contestation du sionisme à l’influence du conflit israélo-palestinien transposé sur notre sol par l’immigration arabo-musulmane, nous répondons : non, ce problème est aussi notre problème, non pas uniquement en tant qu’amis de la Palestine mais aussi et surtout en tant que Suisses, en tant qu’Européens soucieux de la liberté d’expression et de l’égalité des chances, deux valeurs démocratiques fondamentales aujourd’hui remises en cause par l’action de lobbys minoritaires sur le plan du nombre mais prédominants sur le plan de l’influence concrète et du pouvoir économique.

 

De fait, les médias sont aujourd’hui les institutions les plus touchées par ce lobbying qui prend, de plus en plus souvent, la forme d’une désinformation et d’une stigmatisation de tous ceux qui entendent résister à ce système de pensée unique. Je prendrai un exemple parmi des milliers : le texte, paru dans Le Temps du 8 mai, de M. François Garaï, rabbin et vice-président de la Plateforme interreligieuse de Genève. M. Garaï commente à sa manière le discours prononcé par le président iranien Ahmadinejad à la récente conférence de Durban II à Genève[3] :

 

« C’était le 20 avril 2009, le président Mahmoud Ahmadinejad s’adressait aux délégations présentes lors de la réunion de Durban II. Curieuse coïncidence : 120 ans plus tôt, jour pour jour, Hitler naissait. »

 

Voilà précisément un exemple de ce que j’ai appelé plus haut du terrorisme intellectuel. Que voulez-vous répondre à une telle ineptie ? Il s’agit rien moins d’une énième application de ce qu’il est convenu d’appeler la reductio ad hitlerum, diffamation très courante qui consiste à soustraire à la pensée intelligente des syllogismes boiteux comme celui-ci[4]. On parle également à ce sujet de ce qu’on appelle le Point Godwin : le point dans le débat d’idées à partir duquel un débatteur, faute d’argument sérieux, traite son adversaire de nazi afin de gagner par forfait et de mettre fin à la discussion démocratique[5]. Cette attitude hélas très courante, outre son aspect calomnieux, procède d’un refus fondamental du dialogue et de la peur d’affronter la contradiction.

 

Après cette attaque malhonnête, qui est un classique du genre, M. Garaï poursuit, en suivant cette fois un modèle un peu plus fin et d’autant plus redoutable :

 

« [La] signification singulière [de la Shoah] est niée [par le président iranien]. […] Cette singularité niée, la diatribe haineuse envers Israël peut se déployer. Et à travers Israël, c’est le monde occidental qui, à tort, est accusé d’avoir fomenté un complot contre les Arabes de la Palestine. »

 

Nous ne nous arrêterons pas sur la vieille prétention à la "singularité" du génocide des juifs de la Seconde guerre car cela nous mènerait trop loin et parce que faire de la concurrence victimaire sur le dos de millions de cadavres manque singulièrement de dignité. L’insinuation qui suit est assez subtile et nous ramène directement au sujet principal de cet article : les rapports entre le sionisme et l’Occident. M. Garaï a évidemment remarqué ces dernières années le développement du sentiment anti-sioniste dans notre population et son apparition dans des communautés qui, auparavant, n’étaient pas touchées par cette problématique – je veux bien sûr parler des Suisses et plus généralement des Européens dits "de souche".

Les sionistes, qui ont bien lu Machiavel, ont compris qu’ils atténueraient la colère qui gronde contre eux s’ils parvenaient à diviser leurs adversaires. Pour cela, la recette est simple : monter les communautés les unes contre les autres, diviser les intérêts populaires à l’intérieur de la nation, dissoudre ce qui est sur le point de s’unir, générer la confusion, appeler au choc des civilisations, tirer à leur profit toutes les vieilles ficelles du racisme et de la division. En gros, la recette étasunienne. Mais doit-on vraiment s’en étonner de la part de militants qui jouent sur cette constante ambigüité : la revendication d’un Etat juif souverain et l’identification complaisante à un peuple qui se veut apatride ?

 

Ce que M. Garaï souhaite dire aux anti-sionistes de chez nous, c’est : n’écoutez pas M. Ahmadinejad, ne croyez pas en ses manifestations de solidarité internationale, ne saisissez pas la main qu’il vous tend car il n’est pas votre allié – c’est un musulman, il ne sert que l’Islam, et sa critique du sionisme ne cache qu’une critique de l’Occident, c’est-à-dire de vous-mêmes. On devine la suite : vous êtes Européens et blancs, déclarez la guerre à ces barbares et joignez-vous à Israël qui est votre allié naturel dans la lutte contre les sauvages[6]... Allons-nous vraiment prêter crédit à cette injonction qui n’est rien d’autre qu’un appel à la peur et à la division ?

 

Non, M. Garaï, il n’y a pas d’union sacrée qui tienne entre l’Occident et Israël, aucune justification stratégique ni quoi que ce soit qui puisse nous faire nous sentir solidaires d’un projet – le projet sioniste – qui, non seulement n’est pas le nôtre, mais, de plus en plus souvent, joue contre nous. Tous les mouvements de citoyens aujourd’hui (Unité Populaire en fait partie) qui, en Occident, se battent à la fois contre le modèle occidental du capitalisme mondialisé et pour la sauvegarde et les intérêts des peuples occidentaux, mènent une lutte cohérente que vous ne connaissez que trop bien et que vous craignez entre toutes.

Qui aime bien châtie bien : voilà qui résume notre rapport à l’Occident. L’Occident que nous aimons et pour lequel nous nous battons n’est ni celui du libéralisme globalisé, ni celui de l’impérialisme américain, ni celui du sionisme, ni celui du consumérisme, de l’infantilisme bourgeois et de la perte des valeurs, c’est l’Occident des peuples, des nations, des patrimoines séculaires, l’Occident des hommes libres. Libres d’une liberté inaliénable qui jamais ne s’accommodera des pressions du lobbying et de la censure, que celles-ci viennent d’un Etat étranger ou de groupes d’intérêts à l’intérieur de nos pays.

 

Laissons, pour terminer, la parole à M. Garaï :

 

« [Le président iranien] en déduit qu’afin d’assurer la paix et le respect des droits de l’homme, le monde doit se délivrer du libéralisme occidental qui, de toutes façons, arrive à sa fin. »

 

…et nous lui donnons raison ! Tout en rappelant que la fin du libéralisme occidental n’est pas la fin de l’Occident réel et que ce dernier, au contraire, ne pourra qu’en sortir régénéré. Les sionistes par contre, qui se sont précisément appuyés sur ce système libéral pour bâtir leurs empires, risquent bien d’y laisser quelques plumes…

pour Unité Populaire, David L’Epée


Source : unitépopulaire.org

Publié dans Politique

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