Tapoter sur son clavier, ce n’est pas militer !

Publié le par E&R-Ile de France


Cédric Biagini dans le numéro d’avril du journal La Décroissance publie un intéressant article, intitulé Le web contre la politique ? qui contient cette amusante uchronie : « 18 juin 1940 - le général de Gaulle envoit un message sur Twitter et crée une cause sur Facebook. 19 juin 1940 - déjà plus de 30 millions d’internautes ont rejoint les rangs des “Français Libres” sur les réseaux sociaux. Les SMS et mails de soutien affluent. Des milliers de blogs fleurissent. Sur les forums, Gaullistes, FFI, FTP et Miliciens pétainistes s’écharpent. 18 juin 2009 - In Frankreich wird nur noch Deutsch gesprochen… »





Je venais à peine de le lire quand j’ai été sommé, par courriel, de rejoindre un groupe Facebook qui venait de se constituer en soutien au policier suspecté d'être à l'origine de la diffusion de la vidéo présentant l'agression d'un jeune Français par une bande de racailles dans un bus de nuit. Il y était précisé « Nous invitons tous ceux qui disposent d'un compte Facebook à rejoindre notre initiative, et à exiger avec nous l'arrêt immédiat des poursuites » Peu de temps après, un autre courriel m’informait, sur un ton triomphaliste, que 3000 personnes avaient rejoint ce groupe. 3000 ? Le nombre peut sembler élevé, mais il faut le mettre en rapport avec le nombre de Français inscrits sur Facebook soit près de 9 millions.

En clair, 0.033 % des membres de ce réseau social s’étaient mobilisés ce qui est … moins que rien et ce qui est très significatif de l’évolution d’un certain nombre de structures de la droite radicale. La réalité de l’action ne compte plus, l’important c’est le buzz… Dans les années 1960 on se moquait de la SFIO en disant : « une section socialiste, c’est un instituteur avec une ronéo », il se pourrait bien que l’on se moque demain du mouvement natio en écrivant « un groupe identitaire, c’est un graphomane avec une connections ADSL »…

Cédric Biagini pose très bien le problème : « Les militants passent un temps croissant vissés devant leur ordinateur à faire circuler des informations et à s’écharper sur les forums avec une violence que l’absence de liens véritables permet. Une information chasse l’autre dans un ballet sans fin qui donne le tournis… et de nouvelles raisons de s’inquiéter et de s’indigner. Plus le temps de prendre du recul pour mettre en perspective, de conceptualiser ou de débattre. Il faut se connecter aux évènements les plus récents et rester vigilants pour être sûrs de ne rien manquer ! Cette dictature de l’instant empêche de chercher des réponses philosophiques et politiques. (…) Cette obsession de l’information postule qu’il suffirait d’être au courant des horreurs du monde pour les combattre. Ce peut être une condition nécessaire mais jamais suffisante, et il n’y a pas de lien direct entre information et action – si l’on entend bien sûr par « action » actes et engagement, et non un simple réflexe émotionnel ou compassionnel. »

Puis il enfonce le clou : « Le rapport de force politique ne se crée pas devant un écran. Car scoops et révélations n’entraînement pas mobilisations. Car ces informations et cette masse de connaissances accessibles, aussi critiques soient-elles, si elles n’entrent pas dans la « réalité de nos situations », c’est-à-dire dans un ordre constitué de croyances, de valeurs, de repères et de pratiques, ne produisent aucune puissance politique. Or la société communicationnelle nous condamne à n’être que des émetteurs-récepteurs d’informations, perpétuellement plongés dans l’univers des machines, extérieurs au monde. »

Bien évidemment, il ne s’agit pas, ni dans l’esprit de Cédric Biagini ni dans le mien, de refuser toute forme de communication et d’échanges d’informations. Mais sans analyses et réflexions celles-ci sont vaines, voire nuisible car aboutissant à un engagement émotionnel/réactionnel et non plus idéologique.

D’où l’importance d’une presse écrite d’information et d’analyse (c'est la raison pour laquelle notre équipe publie toujours le mensuel Résistance et la revue Eurasia et participe à la rédaction du bimensuel Flash); d’où l’importance de sites internet de référence qui, comme voxnr, donnent, non pas de l'information brute et éphémère mais des matériaux pour réfléchir; d’où l’importance aussi de rester modeste et véritablement militant, sur le terrain le tract ou le pot de colle à la main et non pas devant un écran…



Source : voxnr.com

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