Nettoyage ethnique de Gazaouis vers l’Egypte ?

Publié le par E&R-Ile de France






Nous recevons depuis samedi 17 plusieurs messages d’alerte d’amis égyptiens extrêmement préoccupants mais non encore avérés, et qui, pour l’instant, sont à l’état de question : Israël est-il en train de préparer le déplacement forcé d’un nombre important de Gazaouis vers l’Egypte ?












1°) Le professeur As’ad Abu Khalil met en ligne sur son site web The Angry Arab, une photo (ci-dessus) prise samedi montrant des tentes blanches installées devant l'hôpital principal de Rafah, côté Egypte, avec le message suivant :

« Quelqu’un a-t-il des informations sur ceci ?

« Ahdaf Souif m’a envoyé ce message depuis Rafah (côté égyptien) :
‘A l’extérieur du l’hôpital général de Rafah côté égyptien, un camp de tentes a été installé. J’en ai compté 200. Mais les soldats m’ont dit qu’il y en avait beaucoup d’autres et qu’ils peuvent les monter immédiatement. Ils m’ont dit que les lits et les équipements pour tout le camp étaient prêts. On m’a également dit que d’autres camps ont été installés, à El-Arish et dans d’autres endroits. On m’a dit que ces camps étaient installés pour ‘les réfugiés palestiniens’. D’où viendront-ils ? De Gaza. Quand ? Quand la frontière sera ouverte. Des officiers sont alors arrivés et ont insisté pour que je parte immédiatement, et que nous pouvions avoir toute information auprès du quartier général de la Seconde Armée, à Ismaïlia. Un soldat a ajouté que quelques équipes de télévision étaient déjà arrivées, mais qu’elles étaient avec l’armée.’

Quelqu’un a-t-il d’autres informations ? Quelles seraient les conséquences d’un nettoyage aussi dégoûtant ?
Dimanche 18 janvier.
»


2°) Clare Solomon, sur son site Deeper into the Mindfield, fait état des mêmes inquiétudes exprimées par Islington Friend's of Yibna (camp de réfugiés à Gaza) :

« Des preuves des tentatives de nettoyage ethnique ?

Sous couvert d’annoncer une aide humanitaire pour les Palestiniens blessés, il apparaît maintenant qu’Israël projette le transfert de dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza vers l’Egypte.

Les preuves du plan de transfert israélien ont été envoyées aux Friends of Yibna d’Islington (IFY), Londres. Plus tôt, le 17 janvier, IFY a reçu une photo de tentes à l’extérieur du principal hôpital de Rafah du côté égyptien, près de la frontière avec Gaza.

Les tentes blanches, sans aucune inscription, ont été montées par l’armée égyptienne la nuit du vendredi 16 janvier. Les soldats ont déclaré que 5.000 tentes étaient installées pour les réfugiés de Gaza.

Nous avons reçu d’autres informations de nos contacts du côté égyptien de Rafah (Rafah a été divisée par Israël lors de l’occupation de Gaza et du Sinaï en 1967).

Nos contacts dans le camp de réfugiés d’Yibna à Gaza nous ont appris qu’au nord est de Rafah, près de la frontière égyptienne, les chars israéliens ont encerclé et bouclé le quartier Al-Sarayh depuis plusieurs jours. Les Israéliens empêchent la Croix Rouge d’entrer dans le secteur et beaucoup de blessés qui y sont piégés meurent des suites de leurs blessures, isolés et sans soins.

Nous craignons qu’Israël fasse du quartier Al-Sarayh le premier à être transféré et que cela ait lieu dans les 24 heures.

Alors qu’Al-Sarayh est complètement isolé, sans accès même pour la Croix Rouge, Israël peut préparer et mener ses projets sans qu’aucune agence humanitaire en puisse porter témoignage à la communauté internationale.

Alors qu’il empêche Al-Sarayh de recevoir toute aide médicale, Israël pourrait dépeindre le transfert comme un geste humanitaire israélien permettant aux blessés de bénéficier d’un traitement médical en Egypte. Etant donné qu’Israël a bombardé Al-Sarayh sans arrêt, il pourrait décrire le transfert comme une mesure humanitaire permettant aux habitants d’échapper aux terrains de combat du bombardement israélien ininterrompu (affirmant qu’ils seront ainsi plus en sécurité en Egypte et leur donnant « le choix »).

Israël N’EST PAS en mission humanitaire et le projet israélien de nettoyage ethnique de Gaza et de transfert des Palestiniens vers l’Egypte n’est pas nouveau. C’est une avancée dans le plan israélien de nettoyer ethniquement les 1,5 million de Palestiniens hors de Gaza (le 18 janvier 2008, il y a un an, le grand rabbin ashkénaze Yona Metzger, appelait au transfert des Palestiniens de Gaza dans le désert du Sinaï comme geste humanitaire). Ceux qui seraient forcés de partir, sous ce prétexte, ne seraient jamais autorisés à revenir (exactement comme ils n’ont jamais autorisé le retour des Palestiniens nettoyés ethniquement en 1948). Les réfugiés palestiniens nettoyés ethniquement de Gaza continueraient à être traqués par Israël, même s’ils étaient ensuite transférés plus avant dans le désert du Sinaï.

Il semble que l’accord de cessez-le-feu avec l’Egypte (partie du cessez-le-feu « unilatéral » israélien qui devait commencer le 17 janvier à 24.00 GMT) ait préparé le terrain pour l’érection des tentes par les forces égyptiennes et que l’Egypte ait accepté d’autoriser Israël à nettoyer ethniquement des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza vers l’Egypte, sous couvert de geste humanitaire.

En début d’après-midi, le Premier Ministre Gordon Brown a annoncé que des enfants blessés seraient emmenés hors de Gaza pour traitement médical et que l’aide alimentaire serait intensifiée. IFY a parlé à des secouristes du côté égyptien de Rafah, et ils ont dit qu’aujourd’hui, les soldats égyptiens avaient refusé le passage de TOUTE la nourriture préparée pour Gaza, alors que d’autres jours, ils ont autorisé un peu de nourriture à entrer (bien que cela n’ait pas été à la mesure des besoins de 1,5 million de personnes). Comme pour le traitement médical, qui pourrait être la couverture du nettoyage ethnique de dizaines de milliers de personnes, en particulier parce que les tentes sont près de l’hôpital.

La semaine dernière, plus de 40.000 personnes de Rafah ont déjà été obligées de quitter leurs maisons par les bombardements israéliens jour et nuit, rendant le transfert plus facile puisqu’il n’est maintenant plus nécessaire de les faire sortir de leurs maisons, réduites à l’état de ruines.

Il ne reste rien aux Palestiniens de Rafah (même le cimetière a été bombardé) et cela fait tellement longtemps qu’ils ont été terrorisés qu’il est difficile d’estimer quel autre niveau de violence supplémentaire Israël aurait besoin d’exercer pour les forcer à quitter Gaza.

Il est difficile de prévoir si Israël nettoiera ethniquement les 1,5 million de Palestiniens à Gaza, mais il pourrait y procéder lorsqu’il sentira que les conditions internationales s’y prêtent.

Pour plus d’informations et mises à jour, vous pouvez contacter Yael Kahn : +44 (0)7880 731 865 ou Rob Langlands : +44 (0)7977 490415

Yael Kahn, présidente de IFY
»


3°) Le Guardian a publié hier dimanche 18 janvier un article sur le village de Khuza’a, situé à 500m de la frontière avec Israël, au sud de la Bande de Gaza, sur le gouvernorat de Khan Younis.

Ci-dessous l’article du Guardian, traduit par CAPJPO-Europalestine :


« Gaza : le martyr du village de Khuza'a

« Israel est accusé d’avoir perpétré une série de crimes de guerre, au cours d’une attaque d’une durée de douze heures contre un village du sud de la bande de Gaza où 14 personnes ont trouvé la mort.

Les témoignages recueillis par The Observer auprès des habitants de Khuza’a rendent compte des accusations suivantes à l’encontre de l’armée israélienne :

- tentative de destruction de maisons au bulldozer avec les habitants à l’intérieur
- meurtre de civils cherchant à fuir sous la protection d’un drapeau blanc déployé
- tirs sur une ambulance cherchant à atteindre des blessés
- recours indiscriminé à la force dans une zone civile, et utilisation d’obus au phosphore blanc.

Si de telles accusations devaient être avérées, elles constitueraient autant de violations des Conventions de Genève.

Les accusations relatives au village de Kuza’a font suite à des dénonciations répétées de violations du droit humanitaire émanant tant de la Croix-Rouge que d’organisations des Nations-Unies et d’autres organisations des Droits de l’Homme.

L’armée israélienne a annoncé hier qu’elle avait ouvert une enquête, “au plus haut niveau”, à propos de cinq autres attaques contre des civils à Gaza, dont l’attaque de deux installations des Nations-Unies et celle d’un hôpital. L’armée a ajouté que les investigations initiales suggéraient que dans chaque cas, ses soldats avaient répondu à des tirs. « Il n’y a pas le moindre élément objectif appuyant ces accusations de crimes de guerre », a déclaré Yigal Palmor, un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.

Les premières alarmes sur ce qui s’est réellement passé au cours des premières heures du jeudi 8 janvier dans le village de Khuza’a ont été lancées par l’association israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem. Bien qu’un porte-parole de l’armée israélienne ait indiqué « ne pas avoir d’information sur le fait que l’incident allégué ait eu lieu », les témoignages recueillis par l’Observer corroborent ceux recueillis par B’Tselem.

Il y aussi un faisceau d’éléments objectfs que le village de Khuza’a a été la cible d’une dure attaque de blindés et de bulldozers qui ont réduit plusieurs immeubles en miettes.

Les images prises par le photographe Bruno Stevens peu après montrent des destructions importantes, et du phosphore encore en combustion. « Ce que je puis vous dire, c’est que beaucoup, beaucoup de maisons ont été bombardées, et qu’ils ont utilisé du phosphore blanc », a déclaré samedi Stevens, l’un des premiers journalistes occidentaux à avoir pu entrer dans la bande de Gaza. « Il semble que les tirs ont été faits de manière indiscriminée ». Stevens ajoute que des maisons proches du village qui avaient échappé aux bombardements ont été incendiées.
Kuza’a est situé à un demi-kilomètre environ de la frontière avec Israël.

L’enquêteur de terrain de B’Tselem a été contacté mardi 13 janvier par un habitant du village, Mounir Shafik al-Najar, qui lui a dit que les bulldozers israéliens avaient commencé à détruire des maisons à 2h30 du matin le jeudi 15 janvier.

Lorsque Rawhiya al-Najar, une femme âgée de 50 ans, est sortie de sa maison brandissant un drapeau blanc, afin de permettre au reste de sa famille de quitter la maison, elle fut abattue par à faible distance par les soldats israéliens.

Un second témoignage concerne l’après-midi du jeudi, lorsque les troupes israéliennes donnèrent l’ordre à une trentaine de villageois de quitter leurs maisons, et de se regrouper dans une école au centre du village. Au bout de vingt mètres de marche environ, ils ouvrirent le feu sur ces civils, tuant trois d’entre eux.

D’autres détails sur les événements ont été apportés lors d’interviews accordées à un enquêteur palestinien travaillant pour l’Observer, après la décision israélienne d’interdire la presse étrangère dans la bande de Gaza.

Iman al-Najar, 29 ans, a déclaré qu’elle a vu les bulldozers entrer en action pour détruire la maison de ses voisins, et qu’elle a vu des villageois terrifiés quitter leurs maisons dont les murs s’écroulaient. “A six heures du matin, les tanks et les bulldozers sont arrivés à la maison”, se rappelle Iman. « On est montés sur les toits, et on a essayé de montrer qu’on était des civils, avec nos drapeaux blancs. On leur a dit qu’on était des civils, qu’on n’avait pas d’armes du tout. Mais les soldats ont commencé à détruire les maisons, même s’il y avait des gens dedans”, ajoute-t-elle. A propos de la mort de Rawhiya, Iman indique qu’ils avaient tous reçu l’ordre des soldats de se rendre au centre du bourg. Alors qu’ils le faisaient, les troupes ont ouvert le feu. Rawhiya se trouvait en tête du groupe.

Marouane Abou Raeda, 40 ans, est infirmier à l’hôpital Nasser de Khan Younès. Il dit : « A huit heures du matin, nous avons reçu un appel téléphonique de Khuza’a. On nous a parlé d’une femme blessée. Je suis parti tout de suite. J’étais à 60 ou 70 mètres de cette femme blessée quand les soldats israéliens ont commence à me tirer dessus”. Alors que j’empruntais une autre route, ils ont recommence à tirer. Douze heures plus tard, Rawhiya fut finalement atteinte, elle était morte.

Iman déclare de son côté qu’elle a fini dans une aire de gravats où un groupe important de personnes s’était mis à couvert, au fond d’un trou créé par les maisons démolies. C’est alors, dit-elle, que les bulldozers se sont mis à pousser les gravats de tous côtés. ‘Ils voulaient nous enterrer vivants’, accuse Iman.
»


Nous connaissons les projets d’Israël de créer au sud de la Bande de Gaza, une zone de « no man’s land » destinée à empêcher le creusement de tunnels et l’entrée d’armes dans la Bande de Gaza, zone qui serait surveillée par une force internationale réclamée, entre autres, par le président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas.

Les massacres de Rafah et de Khuza’a sont-ils la première étape de ce plan de « nettoyage » du sud de la Bande de Gaza, qui viendrait compléter le déjà existant « Couloir de Philadelphi » ?

Israël, sous couvert de « mission humanitaire » aux blessés de cette région, va-t-il entreprendre le déplacement des Gazaouis du sud vers l’Egypte ?

Ce « déplacement » a-t-il été l’objet des discussions de la réunion d’hier dimanche 18 à Charm-el-Cheikh, au cours duquel ont longuement été débattus les moyens « de stopper le trafic d’armes » ?

« Avec Angela Merkel et Gordon Brown, le président français a adressé une lettre à l'Égypte pour indiquer leur «disponibilité à prendre des mesures afin de stopper le trafic d'armes» à destination du Hamas. Concrètement, des éléments navals de la Finul pourraient être utilisés pour sécuriser l'environnement maritime de la bande Gaza et prévenir la contrebande côtière. »
Le Figaro, 19 janvier 2009, Mobilisation pour la paix à Charm el-Cheikh.

Une militante d’ISM-France est arrivée au Caire hier et elle a obtenu l’autorisation de passage à Rafah de l’Ambassade de France. Elle devrait entrer dans la Bande de Gaza dans la journée. Elle va essayer d’obtenir le plus d’informations possibles, des deux côtés égyptien et palestinien de Rafah et nous vous tiendrons informés.



Source : ism-france.org

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