La HALDE, une nouvelle inquisition

Publié le par E&R-Ile de France

Un rapport inquisitorial

La HALDE, une nouvelle inquisition
L’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est un terrain solide car semé de ces grosses pierres qui font les certitudes. Jadis, il était peuplé de criminels intéressants, donc pas nécessairement mauvais. On pouvait y trouver, en suivant Virgile, des égoïstes desséchés, de luxurieux passionnés, des assassins pittoresques, de pathétiques et tragiques hères.





Ils avaient vécu !

Maintenant, nous n’avons plus que des imbéciles heureux, phénomène d’autant plus inquiétant que la perspective d’une grandiose fusion entre le paradis et l’enfer n’est plus inimaginable.

Le 6 novembre 2008, la HALDE (haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) a publié un rapport sur la représentation des « stéréotypes » dans les manuels scolaires.

L’étude porte en effet sur les discriminations qui sont censées s’y trouver au sujet de l’égalité entre les hommes et les femmes, de l’origine, du handicap, de l’orientation sexuelle et de l’âge. Elle est l’aboutissement d’une enquête qui ressemble étonnamment à une démarche inquisitoriale. Il ne manque guère que la torture (cela viendra peut-être…).

Passons sur le procédé malhonnête, stalinien (ou ecclésiastique ?), assez fréquent dans l’enquête, qui consiste à citer un exemple particulièrement caricatural (comme des exercices citant Ali Baba et les quarante voleurs) destiné à représenter tout le reste. Naïveté des inquisiteurs ! Ils utilisent le même travers qu’ils disent combattre, à savoir la surévaluation d’un donné instituant un genre. De même, la prise en considération de témoignages à charge d’enseignants au détriment d’opinions contraire, qui ne sont pas prises en considération, du moins qui n’apparaissent pas dans le rapport.

Il ressort donc que femmes, handicapés, « seniors », orientations sexuelles ne sont pas présentés de façon positive.

Remarquons que l’étude a été menée par des chercheurs de l’université Paul Verlaine de Metz. On ne saurait trop insister sur ce passage obligé par la case « scientifique » dans la pratique moderne de la propagande. Il n’est pas d’arraisonnement idéologique, maintenant, qui ne s’appuie sur des prétendues recherches, ou tests, que cautionnent des instances « au-dessus de tout soupçon ». Ainsi de la fameuse question de la fessée, des comparaisons fumeuses entre systèmes éducatifs de nations aussi différentes que la Finlande et la France…

Plus étrange, si l’on apprécie honnêtement et lucidement le manque de sérieux de la HALDE, est la présence d’institutions plus ou moins officielles, qui semble lui donner du poids et qui ne manque pas de susciter des interrogations. Ainsi trouve-t-on un groupe de pilotage avec participation du Ministère de l’Education nationale, du syndicat national des éditeurs, de la Délégation ministérielle de la famille, de l’Agence nationale de la cohésion sociale et de légalité des chances, de la Direction de l’accueil, de l’intégration et de la citoyenneté, du Centre national de la documentation pédagogique, du Collectif Education contre les LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans)phobies, du service des droits de la femme et de l’égalité (SDFE) et de la Ligue des droits de l’homme. Ce catalogue d’un Prévert inspiré par 1984 ne manque pas d’inquiéter, d’autant plus que des « recommandations » sont adressées au Ministère de l’Education nationale et aux éditeurs pour « corriger les stéréotypes repérés et les prévenir ». Lorsque est évoquée aussi l’hypothèse d’une « formation » spécifique pour les enseignants, on voit poindre l’idée d’une « rééducation ». Quant aux éditeurs, la leçon est sans ambiguïté : il s’agit de ne pas oublier que la discrimination est un délit grave puni par la loi. La menace est claire !

Que reproche au juste la HALDE manuels scolaires ?

Citons quelques critiques : les hommes sont plus représentés que les femmes, et différemment. Par exemple, plus d’un homme sur quatre se trouvent en position supérieure. En Histoire, les femmes sont surtout figurées en « icônes », emblèmes, allégories, ou « femmes de », « mères de.. ». En littérature, moins de 10% de femmes sont citées parmi les auteurs.

Pour ce qui est de l’image des étrangers, notamment du tiers-monde, on montre surtout la misère, le sous-développement, la faim. La « dévalorisation » vaut aussi pour les handicapés, les « seniors » etc., tandis qu’on fait l’impasse sur les « orientation sexuelles ».

Une nouvelle religion totalitaire

Que la réalité soit, et fut ce qu’elle est, ce qu’elle a toujours été, tragique, inconfortable, peut-être injuste, inégalitaire, que les acteurs de l’Histoire, les écrivains, et créateurs, aient surtout été des hommes, que la question de l’âge, de l’ « orientation sexuelle », du handicap n’ait été, somme toute, qu’un épiphénomène, à peine digne d’être pris en considération par rapport à l’essentiel, par rapport à la vérité historique, quoi de plus normal ? Faudrait-il reforger l’Histoire, la forcer, la tordre, mentir ?

La HALDE est en passe de devenir l’instance ecclésiale qui détient en France la clé du salut. Sa voix définit la ligne directrice de cette religion qu’on appelle « correction politique », laquelle nous vient des Etats-Unis. Elle a ce ton sacerdotal qui tombe de haut, cette onction suave et menaçante qui rassérène certains et en inquiète d’autres, cet accent épiscopal qui insiste sur les choix et coupe net les dérives funestes. Derrière la rhétorique didactique gratouille déjà la titillation inquisitoriale.

Bien sûr, il serait naïf de croire que les sociétés, les civilisations qui ont fleuri dans ce vaste champ de souffrance et de sang que constitue l’Histoire aient poussé l’objectivité scientifique jusqu’à prendre l’exacte mesure des réalités historiques qui excédaient leur imagination, leurs besoins, leurs fantasmes, ou tout simplement, qui n’entraient pas dans leur outillage conceptuel. Nous n’en sommes plus à l’heureuse époque du positivisme militant qui avançait naïvement qu’il suffisait d’amonceler un nombre suffisant de documents dûment pesés pour reconstituer une vision adéquate du passé. Les historiens savent que les réponses que nous octroie le Temps dépendent des questions qu’on lui pose, ces dernières relevant de ce que nous sommes.

Ce qui ne signifie pas qu’on puisse dire n’importe quoi. Car la rationalité occidentale, quand bien même elle présenterait certaines déficiences, et des limites certaines, surtout si elle verse dans le plus stérilisant rationalisme, apparaît encore nécessaire, si l’on veut éviter les niaiseries les plus grotesques (comme de chercher parmi les écrivains 50 % de femmes ou d’homosexuels !), les anachronismes, et surtout cette solide véracité des faits, qui seule peut entraîner l’adhésion chez des esprits bien intentionnés. A condition bien entendu d’être honnête, d’abstraire l’essentiel de l’anecdote, de délimiter le champ de recherche, de s’appuyer sur des données objectives etc. Tout ce que la pensée européenne, depuis Platon et Aristote, a élaboré aboutit à cette rigueur qui tente d’abolir, ou du moins d’éloigner, les torsions que le sujet impose à la pensée et à la recherche.

Il n’empêche que toute époque possède ses mythes. Michelet élabora, dans sa vaste enquête sur la France, celui du peuple. Les marxistes celui du prolétariat, avec ses martyrs, ses saints etc. Le scientisme eut ses héros, Archimède, Léonard, Montgolfier, Pasteur… Il s’agissait là de choix pour ainsi dire existentiels, car tout système socio-politique ne peut asseoir son être, combattre la déchéance mortelle que l’Histoire brandit comme une épée de Damoclès, espérer et prospérer, que si son imaginaire et son cœur sont nourris d’archétypes et de leitmotivs qui donnent un sens à la vie et à la mort.
On poussera alors la complaisance, la tolérance, l’ouverture jusqu’à reconnaître dans les propositions de la HALDE l’expression légitime (dans un sens historique), motivée politiquement, d’une société donnée à un moment déterminé. Cette société, c’est la nôtre, ou plutôt, celle qui nous est imposée. Quel est son horizon, que représente-t-elle ? Quel est son mythe ?

L’utopie actuelle exige un monde pacifié, un monde où les différenciations ne soient plus que de surface, ne concernent plus que des choix liés aux goûts ou, si la nature instille de trop fortes disparités, au sujet des origines, des forces de chacun, des accidents de la vie, que ces dissemblances soient gommées ou neutralisées, dédramatisées. Comme dans Le Meilleur des Mondes, d’Aldous Huxley, on voudrait instaurer une société propre, clean, consensuelle, heureuse et harmonieuse, positive, un univers étouffant, totalitaire, anesthésiant, d’où le Sauvage serait banni, la tragédie, la souffrance, la cruauté, et… l’humour.

Ce monde existe, c’est celui de Disneyland. Big Brother arbore la gueule hilare d’une souris fraternelle et joviale.

La solution est donc toute trouvée, qu’on ne manquera pas, dans un esprit responsable et citoyen, de proposer à la HALDE : il faut confier la « gouvernance » du monde aux studios Walt Disney !


Source : voxnr

Publié dans Libertés

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