Défense: des agents civils manifestent pour défendre la "grande muette" (Paris-75)

Publié le par E&R-Ile de France


PARIS (AFP) - De 3 à 7.000 agents civils du ministère de la Défense et salariés d'entreprises publiques d'armement ont manifesté samedi à Paris pour dénoncer les réductions d'effectifs et les restructurations des armées, en se voulant porte-parole de "la grande muette".







"Les militaires sont tenus au silence. Mais nous qui travaillons pour eux pouvons parler et dénoncer un plan très excessif", a déclaré Gilles Goulm, secrétaire de la fédération FO de la défense, dont l'organisation fait partie de l'intersyndicale à l'origine de cette journée (CGT, CFDT, FO, CFTC, Unsa, CFE-CGC).


Derrière une banderole "pour la défense de l'emploi, pour l'emploi dans la défense", les manifestants (3.100 selon la police, 7.000 selon les syndicats) ont défilé sur les grands boulevards parisiens en lançant des fumigènes, derrière des camions de sonorisation hurlant des chansons du groupe de rock ACDC.


Les slogans dénonçaient essentiellement le Livre blanc sur la Défense, qui préconise la suppression de 54.000 postes civils et militaires sur 320.000 d'ici six ou sept ans (de 2009 à 2015).


Un peu partout dans le cortège, les manifestants exprimaient le sentiment d'avoir "déjà payé", parfois "depuis longtemps". En douze ans, "les effectifs civils travaillant pour l'armée sont passés de 145.000 à 72.000 personnes", selon Gilles Goulm.

Selon lui, la France "emploie déjà 116.000 militaires à des tâches non-militaires" et certaines unités "ne partent plus en opération". Par ailleurs, "on demande aux gens de déménager pour fermer des petits centres. Mais beaucoup préfèreront s'arrêter bien avant la retraite. On va perdre de précieuses compétences techniques".


"Ceux qui ont déménagé une fois déjà ne veulent pas recommencer", a souligné Pierre Gros, 47 ans, délégué CGT, chassé de Saint-Etienne par la fermeture de l'usine d'armement en 1997. Mécanicien optique sur chars d'assault, il répare aujourd'hui les voitures de location d'une caserne à Lyon.


Chaudement applaudie, une délégation de l'arsenal de Brest a manifesté en portant binious, drapeaux bretons et un béret de marine géant, flanqué du slogan "non à l'externalisation".

Beaucoup de manifestants avouaient cependant n'avoir encore aucune précision sur l'avenir des sites travaillant pour l'armée.


"Sans visibilité, c'est difficile de s'investir. Et on doit jongler avec un nombre croissants de sous-traitants, qui n'ont pas toujours la qualification optimale", expliquait un ingénieur de 53 ans, délégué Unsa (syndicats autonomes).


La base aérienne de Taverny (Val d'Oise) "risque de fermer, 3.000 emplois sont en jeu, sans compter les commerces et les sous-traitants", déplorait Farid Echeikr, 34 ans, patron de PME et adjoint au maire PS de Fosses, petite commune ouvrière du voisinage.

"Cette base avait pourtant coordonné en moins de 24 heures toute l'assistance internationale lors du séisme au Pakistan", s'est-il indigné.

Incompréhension aussi pour les 80 salariés d'un centre balistique implanté depuis 1830 à 15 kilomètres de Lorient, pour tester les munitions de gros calibre grâce à un "site côtier en arc de cercle presque unique en Europe".


"Le centre sera déplacé fin 2009 à Bourges alors que les essais pour un tourelle d'artillerie terrestre n'ont rien à voir avec ceux d'une tourelle marine", a dénoncé Joseph Le Méné, photographe d'essai et délégué CFDT.


Source : AFP

Publié dans Société

Commenter cet article